Le discours de politique générale d’Edouard Philippe.

Michel Debré, rédacteur de la Constitution, avait trouvé cette formule, une litote : la Vème République est de type ‘parlementaire rationalisée’. Formule polie et rassurante à destination des démocrates inquiets de 1958, qui dit, en réalité, que l’exécutif décide et que le parlement enregistre. Le 1er ministre, chef de la majorité, cet après-midi, ne risque rien. Il ne risque jamais rien. Sa majorité est pléthorique et si une poignée de journalistes et cadres de LREM compteront les quelques défections ou ralliements sur les marges droite et gauche… ça n’aura aucune incidence. Le mode d’élection des députés offre une majorité démesurée, qui vide de son sens la règle qui veut que le 1er ministre est responsable devant le parlement. Le 1er ministre n’a été renversé qu’une seule fois dans l’histoire de la Vème République, c’était Georges Pompidou en 1962…motion de censure sur la réforme du mode d’élection du président. Après sa mise en minorité, l’Assemblée fut dissoute, référendum, législatives… et le voilà renommer à Matignon ! C’est ce que pèse le parlement en France. Nous en sommes toujours là ! En pire depuis le quinquennat,  avec les législatives fixées juste après la présidentielle qui assure une majorité d’allégeance pendant 5 ans !

Bref, vous nous dites que le discours auquel vous consacrez votre édito n’a aucun intérêt ?

Disons que la pompe parlementaire qui l’entoure est une sorte de théâtre démocratique d’ombre. Le discours de cet après-midi précisera les intentions et le calendrier du gouvernement. On nous annonçait, figure de style régulière depuis  l’instauration du quinquennat, que le 1er ministre allait désormais assumer et défendre lui-même sa politique alors que le président serait en retrait, dans un positionnement plus arbitral, à l’ancienne. Généralement ça ne dure pas. D’ailleurs écoutez, sur ce sujet, le journal de 8 heures et les infos de Cyrille Grazziani. Le contenu de ce qui sera dit cet après-midi sort de la tête bicéphale de l’exécutif, les parlementaires de la majorité vont l’approuver. Ce n’est pas propre à cette majorité mais il ne faut pas oublier de le signaler, s’agissant d’une majorité et d’un président qui se sont faits élire sur l’idée d’ouvrir les portes et les fenêtres et de moderniser notre démocratie. Constatons simplement que la pratique de ce pouvoir-là est d’un classique achevé. Il se trouve qu’Edouard Philippe devrait, nous dit-on, au cours de son discours, regretter l’état du débat public en France, dénoncer la culture de l’affrontement permanent et l’incapacité que nous avons à nous écouter. C’est un constat pertinent. Mais on pourrait lui rétorquer par avance que l’absence de culture du compromis, entretenue par le parlementarisme rationalisé, n’aide pas. Il force à la posture. Les vrais débats n’ayant pas lieu à la Chambre (comme on disait autrefois), ils se déroulent en dehors, anarchiques et hystérisés par le tout-info et les réseaux sociaux. Est-ce que le 1er ministre profitera de ce discours pour évoquer, par exemple, l’instauration d’une sérieuse dose de proportionnelle, qui seule pourrait permettre une meilleure expression de la diversité politique, éviterait des majorités outrageusement sur dimensionnées, obligerait l’exécutif à composer et les oppositions à plus de responsabilité ? Réponse à 15 heures.

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