En fin de semaine dernière, le parquet de Paris a fait appel contre la décision d'enquêter sur les biens en France de trois chefs d'Etats africains, celui du Gabon, de la Guinée équatoriale et du Congo Brazzaville. Ceci devrait pousser tous les acteurs de la vie politique à demander des explications à l'exécutif. Mais il n'y a eu que quelques articles fatalistes, quelques commentaires désabusés du genre « de toute façon, tous les présidents de la République ont fait pareil ». Pourtant, pour la première fois, une juge d'instruction ose ordonner une enquête après la plainte déposée par une association anti-corruption (Transparency International). Depuis des années, cette association tente de faire ce que les habitants des trois pays concernés n'ont pas le droit de faire : demander que la justice enquête sur des possibles détournements de fonds commis par les présidents Bongo, Obiang et Sassou Ngesso. On sait par exemple qu'Omar Bongo et sa famille ont 39 propriétés en France, 70 comptes bancaires, 24 propriétés et 112 comptes bancaires pour les Sassou Ngesso. Les trois pays en question sont producteurs de pétrole et très amis de la France qui le leur rend bien ! Évidemment, les plaignants, et tous ceux qui connaissent ces pays et l'industrie pétrolière française, pensent que la richesse personnelle de ces trois potentats africains est le produit de la corruption. Pour la première fois, donc, un juge d'instruction français considère que la plainte d'une association est recevable. Et bien pour le parquet, (donc, soyons clair) pour le ministre de la justice, (donc, soyons clair) pour l'Elysée, c'est inconcevable. Donc... ça ne se fera pas. Pas pour l'instant en tout cas. Le parquet fait appel et l'appel est suspensif. Pourtant, Nicolas Sarkozy avait promis la rupture avec ce que l'on appelle la « FrançAfrique ». C'est ce que l'on avait compris après le fameux discours de Cotonou en 2006, au cours duquel, dans une envolée lyrique, le candidat promettait de ne plus soutenir les chefs d'Etat corrompus. C'est la tête toute sonore encore de ces mots de rupture et de modernité que Rama Yade avait pu dire à l'assemblée que « l'Afrique de papa, c'était terminé ». Eh bien le parquet de papa vient de ramener notre ministre des doits de l'homme à la réalité. En fait, les diplomates qui entourent le président sont divisés entre les orthodoxes de la FrançAfrique et les réformateurs, tenants de la rupture. Le président n'aura pas mis longtemps à choisir. En toute discrétion, dès septembre 2007, il décore Robert Bourgi, homme d'affaires, ami et conseiller officieux des potentats d'Etat pétrolier d'Afrique, l'archétype de la FrançAfrique. Nicolas Sarkozy le félicite pour son action en lui disant, je cite : « mon cher Robert, je sais pouvoir compter sur ta participation à la politique étrangère de la France avec efficacité et discrétion », avant de le comparer au pape de la FrançAfrique et des coups tordus dans les années 60-70, Jacques Foccard. « Jacques Foccard avait bien raison », conclut le président ce jour là ! C'est exactement l'inverse du discours de Cotonou, mais c'était à huis clos ! Le problème est là, loin de tout angélisme. Au fond, pourquoi ne pas concevoir, comme l'avait théorisé le général De Gaulle, que « la France n'a pas d'amis mais que des intérêts ». La décision du parquet nous montre que c'est toujours cette vieille vision qui domine. Mais alors, on est en droit de demander à nos dirigeants de nous épargner les discours moralisateurs sur la question. Relire le discours de Cotonou est, c'est vrai, aujourd'hui un exercice assez pénible.

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