Vous revenez ce matin sur la notion d’assistanat utilisée par Laurent Wauquiez pour qualifier le RSA.Oui, dans le débat politique il y a des mots qui disqualifient. Ce qui peut arriver de pire à une mesure sociale, c’est d’être marquée du sceau infâme de « l’assistanat ». De la même façon, une mesure fiscale qui serait qualifiée de « niche » serait immédiatement vouée aux gémonies. Ce terme péjoratif, d’"assistanat", est entré dans le langage politique dans les années 80, quand la révolution libérale reagano-thatcherienne faisait souffler un vent de dérégulation généralisée. Il fallait remettre en cause un système redistributeur qui bridait les entrepreneurs. La mode était à Bernard Tapie, aux battants, pas aux assistés… Le mot « assistanat » synonyme de somnifère des peuples, avait envahi le discours politique notamment pour critiquer la création du RMI en 1988. La gauche y est venu petit à petit et quand, en 2007, Ségolène Royal proposait des mesures économiques et sociales, elle y accolait toujours ce label de qualité : « pour sortir de la logique de l’assistanat ». De la même façon Martine Aubry développait, il y a quelques mois, un concept appelé le « care ». Une notion censée redéfinir une société solidaire où chacun se sentirait concerné par le sort des autres… Là non plus, ce n’était pas de l’assistanat !Non ! Surtout pas. Pour justifier de la pertinence de son idée, Martine Aubry prévenait d’emblée : « attention, il ne s’agit pas d’assistanat »! En réalité le débat autour de tous ces mots reflète la quête effrénée, sincère et un peu désespérée d’un nouveau modèle de solidarité pour refonder le fameux pacte social. Comment redonner vie et contenu au troisième mot de notre triptyque national « fraternité » ? Le plus spécifique et le plus complexe à traduire politiquement. Tous les partis sont à la recherche du graal, chacun le constate en consultant les enquêtes d’opinions qualitatives ou simplement en retournant dans sa circonscription : les Français sont avides de protection. L’« Etat protecteur » c’est d’ailleurs un thème identifié par l’Elysée pour être développé dans les prochains mois. Dans ce contexte on se demande pourquoi Laurent Wauquiez fustige le RSA qui s’inscrit parfaitement dans cette quête de nouvelles solidarités qui incluent le travail. En fait on ne se le demande pas vraiment, on connaît la tactique. Elle est assez efficace dans une optique de rassemblement grégaire d’un noyau partisan. La philosophie de comptoir sur les assistés, les profiteurs du système, les étrangers qui viennent encombrer nos hôpitaux, la théorie selon laquelle les chômeurs sont des feignants subventionnés… cette pensée (si l’on peut dire) pour laquelle le RSA c’est de l’assistanat, est très facile à réactiver. Et l’assistanat (dit Laurent Wauquiez) c’est le cancer de notre société…à vous de conclure, par transitivité et accoudé au bar : les bénéficiaires du RSA sont les métastases du pays. Quand un parti à vocation majoritaire a des doutes sur la capacité de son candidat à passer le premier tour, il revient à la base, entendez au basique, il recrée du clivage. Et là, les arguments ne sont pas des plus subtiles. Le mot « assistanat » fait simplement office de massue ou de grosse Berta destinée à refaire le coup de la « France qui se lève tôt » contre celle des « profiteurs assistés ». Cette tactique très 2007 ne peut pas prendre puisque le RSA est un produit post 2007…A moins que ce ne soit pas une tactique mais juste un vieux réflexe !

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.