Oui, parce qu’à froid… après la polémique, qui –comme bien d’autres du même acabit- a duré quelques jours, on peut se demander s’il s’agit vraiment d’un débat sur la laïcité. On a beaucoup glosé sur le caractère religieux ou pas de l’abaya ou du sarouel. Disserter sur la forme d’un pli, la longueur d’un tissu, pour déterminer si la robe est au service d’un prosélytisme islamiste… Alors bien sûr, ce n’est pas la robe qui est, en elle-même, une atteinte à la laïcité mais le discours et l’attitude qui vont avec. Si un prof d’histoire ne peut plus faire cours sans être contesté parce qu’il ne respecterait pas le roman religieux des évènements du passé, si des jeunes filles remettent en cause le caractère mixte des sorties ou des activités sportives, alors il faut discuter, puis, peut-être sanctionner… Mais, à l’écoute des réactions et des témoignages qui ont entouré cette controverse, on perçoit le reflet d’une évolution inquiétante des rapports humains dans certains quartiers, trop longtemps ghettoïsés, et en proie à un repli identitaire : le grand retour du machisme et du sexisme. Un recul de l’égalité des sexes, à rebours de ce qui se passe dans le reste de la société.

Pourtant -on les a beaucoup entendues ces derniers jours- les jeunes filles qui portent le voile ou la jupe longue, le revendiquent comme un choix…

Choisir un vêtement qui protègera du regard concupiscant des hommes, eux-même de plus en plus cantonnés à des rôles de mâles « testo-stéronés »… c’est un choix fermé ou contraint. Certaines disent même crânement que c’est leur façon de refuser l’hyper-sexualisation de la société de consommation, véhiculée par Internet et les chaînes de télé musicales débilitantes. Les codes religieux offriraient donc un refuge face aux obligations tyranniques de ressembler à Rihanna ou Beyoncé. Mais l’Islam ainsi utilisé propose une autre forme de sexisme. Nous assistons donc à un conflit d’aliénations alors que nous avons tendance à n’en prendre en compte qu’une seule… la religieuse. Plutôt que de se focaliser sur le seul retour du religieux qui sépare et hiérarchise les sexes, nous devrions nous intéresser à la montée du sexisme dans toutes ses dimensions, notamment commerciales. Le problème, c’est que ceux qui ont imaginé et proposé des actions éducatives, pour lutter contre le retour des stéréotypes hyper sexués et son corollaire, l’inégalité des sexes, ont été vilipendés par d’autres conservateurs. On les a accusés de développer "la théorie du genre". Aujourd’hui, c’est un paradoxe, mais la modernité consumériste et l’obscurantisme religieux s’accommodent très bien de leur face-à-face. L’un et l’autre progressent, chacun l’un contre l’autre, avec un même résultat : l’adhésion à des rôles sexués stéréotypés, et donc le sexisme.

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