Hier à l’Assemblée, on avait l’impression de voir la gauche se cogner, encore une fois, dans un mur !

Oui, pas le mur de l’argent, ni le mur des cent familles… mais ce mur épais qu’elle s’est construit elle-même, en son milieu ! Une semaine après le discours du président sur la nécessité de favoriser la culture du compromis, le gouvernement est obligé d’engager le 49.3 sur un texte qui n’a vu aucun article, aucun amendement voté en séance. De ce point de vue, c’est l’exact inverse du 49.3 pour la loi Macron qui aura au moins connu de longs débats et le vote de chaque article, au prix, il est vrai de sa démonétisation complète. Mais au-delà du problème interne, propre à la gauche, la journée d’hier montre aussi à quel point nos institutions (qui n’offrent aucun instrument pour favoriser le compromis) sont au bout du rouleau ! Avec cet inédit : 2 motions de censure envisagées dans la foulée d’une annonce de 49.3. Dont une du fait des parlementaires censément de la majorité. Rappelons que la motion de censure est un texte qui doit être signé par au moins 58 députés (1/10eme de l’Assemblée). C’est une réponse à la décision du gouvernement de faire adopter son texte sans vote. Une fois déposée, la motion de censure doit être approuvée par la majorité absolue de tous les députés. Il n’y a pas d’abstention possible, ni de votre contre. On la vote, ou on ne la vote pas. Ça ne passe donc jamais.

Ça a marché une fois quand même.

Oui, en 1962, pour contrer le 1erMinistre Pompidou qui voulait faire adopter le projet d’élection du président au suffrage universel. Il a donc été renversé. De Gaulle a, du coup, dissous l’Assemblée, fait adopter son texte par referendum. Une Assemblée toute à sa main a été élue et Georges Pompidou renommé. Cet épisode avait résolu un problème réel de décalage entre l’avis des parlementaires et l’avis du peuple. Hier des députés socialistes (une grosse trentaine) ont déposé une motion de censure contre un 1er ministre socialiste. C’est inédit. Cette motion ne sera pas mise au vote parce qu’avec certains écologistes et les communistes, elle n’a recueilli que 56 signatures, soit 2 de moins que nécessaire (les aubryistes n’ont pas signé). La motion de censure de la droite, elle, ne peut pas passer puisque les socialistes mécontents ne vont pas voter pour un texte qui explique que le gouvernement n’est pas assez libéral. Les séditieux socialistes (qui ont fait mine de vouloir renverser le 1er ministre, chef de la majorité) ne seront certainement pas renvoyés du groupe, de peur qu’ils en forment un autre, concurrent, avec une partie des écologistes. Mais les frondeurs ne partiront pas d’eux-mêmes non plus ! Parce que sinon ils ne pourraient pas être réinvestis en juin 2017. Bref, les très autoritaires du gouvernement n’oseront pas sévir, et les très frondeurs du PS resteront bien au chaud au groupe socialiste. Non seulement la gauche n’arrive pas à gouverner avec ces institutions devenues inadaptées (et qu’elle ne propose pas de réformer) mais elle s’en sert pour jouer une pièce de théâtre d’ombres qui ne peut qu’amplifier la défiance envers la politique qui se généralise dans le pays.

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