C'est au tour de Nicolas Sarkozy de se mettre en 4 ce matin sur France Inter. Alors, après la déclaration solennelle hier soir de Jacques Chirac annonçant qu'il ne se représenterait pas, le candidat de l'UMP est-il enfin adoubé par le président sortant ? Ces deux là n'ont pas changé, et ils ne changeront jamais ! On s'attendait hier à une journée de concorde nationale entre les deux hommes; depuis quelques jours, Nicolas Sarkozy ne cessait de dire tout le bien qu'il pensait de Jacques Chirac, et on s'apprêtait à interpréter dans l'allocution présidentielle, les signes cabalistiques délivrés en faveur du candidat. Et puis, on a eu droit à une nouvelle journée castagne, oh, castagne en douceur, on n'est pas au rugby, mais castagne néanmoins. Ca a commencé le matin avec une interview du candidat UMP au Journal du Dimanche où il explique ce qui le différencie de l'actuel président : "je ne biaiserai pas avec les français, dit-il, je ne leur mentirai pas, je ne les trahirai pas. Je suis donc différent de Jacques Chirac" l'intéréssé a forcément apprécié l'éloge. En tout cas, en retour hier soir, plutôt que de dessiner en ombre chinoise le portrait robot de Nicolas Sarkozy comme son dauphin évident, Jacques Chirac a délivré un testament sous condition qui ne désigne pas franchement le candidat UMP comme héritier direct. Au travers de ses messages, on lit en effet tout ce qui l'oppose à Nicolas Sarkozy : la défense du modèle français, la critique du "libéralisme sans frein", la singularité de la France porteuse d'un message universel au monde... Mais c'est surtout sa mise en garde contre toute atteinte au pacte républicain qui hier soir a fait mouche. "Ne composez jamais avec l'extrêmisme, a martelé Jacques Chirac, oui nos valeurs ont un sens, oui la France est riche de sa diversité". Quand Nicolas Sarkozy dégaine son Ministère de l'immigration et de l'identité nationale, clin d'oeil supposé à l'électorat extrêmiste, le président ne laisse pas passer. Car en renouant avec la vieille idée héritée de Renan que l'identité nationale se construit sur l'effacement des différences de culture, d'origine et de langage, et en voulant l'appliquer aujourd'hui à l'immigration, Nicolas Sarkozy nie le legs du 20ème siècle, et de Jacques Chirac en la matière. Un Jacques Chirac qui a su réconcilier les français avec leur passé et leurs mémoires pluriels. Drôle de relation d'aimant décidément entre les 2, pôles positif et négatif qui s'attirent et se repoussent. Jacques Chirac n'a d'autre choix que de soutenir dans les jours qui viennent Nicolas Sarkozy. François Bayrou ne doit pas rêver, mais jusqu'au bout, il restera sa vigie intransigeante et sévère. Le candidat de l'UMP lui, a besoin du soutien de Jacques Chirac mais sur le point de l'obtenir, il le provoque et semble le repousser. Nécessité d'être reconnu tout en restant le rebelle, adoubé mais libre, Nicolas Sarkozy n'en n'a pas fini avec l'ambivalence de sa relation à Jacques Chirac.

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