Grandes manoeuvres de dernière minute hier entre candidats pour préparer le second tour des municipales. Mais derrière ces élections, il y a d'autres scrutins cachés. Des scrutins pas tous anodins, loin s'en faut. Alors certains sont peu visibles, tout simplement parce qu'on en parle peu, avouons le - c'est le cas des cantonales, dont les résultats du premier tour sont pourtant bien plus lisibles que ceux des municipales. La gauche gagne ! Elle devrait d'ailleurs s'offrir quelques victoires spectaculaires. En Corrèze par exemple, sur les dépouilles du chiraquisme avec François Hollande, ou sur celles d'un PC en partie sclérosé en Seine-Saint-Denis avec Claude Bartolone. Le Lot-et-Garonne, la Charente maritime, l'Indre et Loire, la Somme, et peut-être Les Deux-Sèvres pourraient aussi rosir... L'intérêt pour le PS de telles conquêtes, c'est d'apparaître comme qualifié pour construire un socialisme local, et espérer ensuite être crédité de la même capacité au plan national. Le modèle ce sont les municipales de 77 quand la gauche a préparé la suite, et notamment 1981, ce ne sont évidemment pas les régionales de 2004 ! Aujourd'hui certains ténors socialistes sont persuadés que les départements, mais aussi les régions, sont des lieux de résistance à la politique nationale, mieux, des lieux où sur la fiscalité, la solidarité, il va y avoir un vrai bras de fer, politique, idéologique avec Nicolas Sarkozy. La gauche pourrait ainsi avoir l'occasion de démontrer In situ, sa différence. Autre enjeu et autre scrutin plus invisible encore, sous la forme, si vous le voulez bien, d'un vieux problème de maths : Compte tenu qu'une baignoire de 50 litres, perd 15 dl d'eau par heure, en combien de temps la baignoire va-t-elle se trouver à moitié vide ? Figurez-vous que c'est la question que se posent droite et gauche à propos du... sénat ! Et oui, après sa victoire aux régionales, celles annoncées aux municipales et donc cantonales, devraient accroître le collège électoral sénatorial des socialistes. Résultat probable ? Une bonne dizaine de sénateurs supplémentaires en septembre. Mais alors combien faut-il de scrutins locaux victorieux pour un jour faire basculer la majorité sénatoriale ? Dans un éclat de rire, un élu socialiste fait rapidement le calcul : 2024, c'est jouable ! affirme-t-il. Forcément, c'est pas pour demain, et en septembre prochain, la vraie bataille pour la présidence ne se jouera qu'entre 2 UMP, Jean-Pierre Raffarin et Gérard Larcher. Mais ça pourrait advenir plus rapidement que prévu. En 2011, la moitié du sénat sera renouvelable, avec le même collège électoral que celui issu des urnes dimanche, donc forcément plus favorable à la gauche. Ces municipales pourraient donc annoncer le début de la fin d'une "anomalie" comme l'avait qualifié Lionel Jospin, c'est-à-dire une chambre haute par essence, à droite. Autres élections masquées, les communautés de communes, d'agglomérations ou communautés urbaines. Les tractations qui ont eu lieu pour conserver ou gagner des villes concernent aussi cet échelon supérieur. Exemple à Lille : pourquoi Martine Aubry a-t-elle bétonné hier un accord avec le Modem pour le deuxième tour, alors qu'arithmétiquement, elle n'en avait pas besoin ? Parce que derrière, il y a 6 cantons en jeu, ET la présidence de Lille Métropole. Or un accord municipal avec les centristes lui permet de compter sur leur soutien explicite aux cantonales, mais surtout pour la présidence de la communauté urbaine qu'elle brigue. Enorme enjeu de pouvoir, 1 milliard 5 d'euros de budget, un échelon pertinent pour mener de vastes politiques en matière de transports ou de logement, une fonction aussi qui n'est pas incluse dans la limitation du cumul des mandats ! Quel pouvoir et quelle aubaine ! Alors, quand vous mettez un bulletin dans l'urne pour une mairie, derrière, il y a des conséquences et mandats en cascade qui sont en jeu. Bref, un scrutin peut en cacher un ou des autres, et une élection de maire peut aboutir in fine à bien d'autres fonctions et ambitions.

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