**Vous avez lu l’interview du président de la République dans le « Figaro-Magazine » qui paraît exceptionnellement aujourd’hui…Oui et la principale information c’est que le président y annonce une pause. « La pause » dans les réformes. Nicolas Sarkozy, le maitre du mouvement, de l’action permanente, le théoricien de ce que ses conseillers appelaient la méthode du tapie de bombe des réformes, Nicolas Sarkozy annonce donc une pause. Le lapin Duracell enlevait lui-même ses piles. Le mot « pause » dans les réformes avait été aussi prononcé par le premier, premier ministre de François Mitterrand, Pierre Mauroy, à bout de souffle deux ans après l’arrivée de la gauche au pouvoir. Le mot « pause » avait d’ailleurs -à l’époque- précédé le mot « rigueur » qui était censé requalifier une politique de serrage de vis appelée « austérité », quelques années plus tôt, sous l’ère Raymond Barre à Matignon. Mais, nous dit le président, de la rigueur, justement, il ne saurait en être question, ni d’augmentation d’impôts. En revanche, le rythme, la vitesse, la promptitude, la réforme sur tous les fronts, ce n’est plus dans le vocabulaire de Nicolas Sarkozy. C’est la nature même du sarkozysme première version, version originelle qui s’achève…au moins dans son expression. Alors officiellement la pause n’est pas pour tout de suite, elle est programmée pour le deuxième semestre 2011, afin de laisser souffler le parlement et remettre de l’ordre dans le travail législatif qui en a bien besoin. Et même « délégiférer », dit le président, c'est-à-dire s’atteler à simplifier le droit. Avant 2011, pour les réformes qui sont programmées dans les prochains mois (avant la pause), le président est d’une prudence nouvelle là aussi. Il n’a pas cité la réforme de l’instruction très décriée, la taxe carbone semble bien en suspend et la réforme des retraite se fera, vraisemblablement sans trop bousculer les fonctionnaires si l’on en juge par ses phrases apaisantes sur le calcul des primes dans les salaires de la fonction publique. Au-delà donc d’un ton sécuritaire, (cameras de surveillance et identité nationale) pour mobiliser un électorat de droite bougon, la musique présidentielle de ce matin est largement moderato sur le front des réformes économiques et sociales. Quand Nicolas Sarkozy disait, il y a quelques jours : à élection régionales, conséquences régionales… on voit déjà, avec ce changement de rythme annoncé et ce renoncement à la méthode qui faisait la singularité du sarkozysme, que malgré tout, le président anticipe le message des français. Peut-on considérer cette interview comme un acte de campagne ?Bien sûr et c’est toute l’ambigüité de l’opération. Le président continue à dire qu’il ne fait pas campagne alors qu’il fait campagne en se rendant, aux côtés des candidats UMP dans les régions tangentes et en donnant cette interview. Le fait qu’il fasse campagne est anormal au regard de son statut mais est logique au regard de l’évolution de la pratique des institutions par le président depuis son arrivée à l’Elysée. Le président préside et en plus il gouverne. Il se place donc en chef de la majorité ce qui trouble son image d’impartialité mais ce qui le rend aussi responsable en cas de défaite. Pour contrebalancer cette partialité, Nicolas Sarkozy redit vouloir poursuivre l’ouverture à gauche dans les nominations. Et puis la différence, encore une fois entre l’affirmation et l’action est saillante. Jugez plutôt. Nicolas Sarkozy dit, je cite «Je n'ai pas donné de consignes de vote et je ne le ferai pas » et plus loin il dit : « Je souhaite que les électeurs de la majorité participe à ces élections et quand je vois que les candidats de la majorité présidentielle se sont engagés à ne pas augmenter les impôts, je trouve que c’est sage» en français ça veut dire : votez UMP ! Et comme pour justifier cette distorsion il s’étonne, je cite encore : «d’être le seul à ne pas pouvoir expliquer l'enjeu des élections régionales ». Hé bien oui. Nicolas Sarkozy est le seul à être président de la république.**

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