Vous avez suivi le discours de Nicolas Sarkozy à Villepinte. Discours censé renverser la situation pour Nicolas Sarkozy.

Oui, alors il va falloir attendre, quelques jours, pour évaluer l’impact de ce discours et de ces annonces chocs sur l’opinion. Au-delà des images, de l’effet de puissance recherché, la phrase clef du discours aura été : « je sais que je vais être critiqué mais je m’en moque ». Phrase prononcée avec gourmandise. Une phrase révélatrice de cette façon de vouloir créer le débat, d’être le fournisseur officiel des thèmes de campagnes et des polémiques. En évoquant la possibilité, le cas échant, de sortir unilatéralement de Schengen, Nicolas Sarkozy sait qu’il va provoquer, qu’il va choquer, qu’il va susciter du débat et de la controverse. Pour qu’une campagne se déroule bien, comme prévu, nous, les commentateurs, forcément déconnectés des vrais problèmes, membres (qui se croient influents), du « petit monde de Paris » comme dit Jean-François Copé avec des accents de paysans plein de bon sens. Nous donc, notre rôle c’est de ne rien comprendre et de dire avec des airs effarouchés : « c’est impossible, c’est scandaleux, c’est anti-européen ». Alors pour sortir de ce piège, posons-nous une question simple, nous aussi nous avons notre bon sens paysans. Demandons-nous si cette proposition est une bonne annonce ou une bonne réforme. Une bonne annonce, certainement. On vient de le démontrer, elle remplira son office en colonisant le débat dans les prochains jours. Une bonne réforme, ça, c’est plus douteux. La France demande depuis longtemps un meilleur contrôle aux frontières, mais de là à menacer de rompre l’accord ! François Bayrou a répondu de façon assez maline, hier soir, sur France Inter en affirmant qu’il ne voyait pas Nicolas Sarkozy décider dans un an de réembaucher des douaniers et de rétablir des postes frontières.

Cette proposition sur Schengen, comme celle du « buy european act », sont des signaux à la France du « non » de 2005.

Exactement, c’est une obsession du président… (Mais aussi de François Hollande), de ne pas laisser aux candidats qui représentent cette partie de l’opinion, Jean-Luc Mélenchon et surtout Marine le Pen, le bénéfice électoral de la défiance envers l’Europe. Nicolas Sarkozy a pu mesurer, ces dernières semaines, que l’affichage à outrance de sa proximité avec Angela Merkel, que ses mots de père la rigueur vis-à-vis de la Grèce, ne lui rapportaient rien en terme d’intentions de vote. Il faut réactiver la France du « non » contre la France du « système » et être du bon côté. Le système, ce fût, dans un premier temps, les corps intermédiaires, liés, dans l’esprit du président, à la gauche et à tous les conservatismes…aux fameux « petit monde parisien ». Mais l’une des représentations classiques du « système », c’est, aussi, bien sûr, l’Europe… l’Europe abstraite, l’Europe des « technocrates ». La politique de l’ultimatum va bien sûr conduire François Hollande à critiquer une annonce spectaculaire. François Hollande se retrouvera alors (s’il n’en prend garde) dans le rôle, peu envié, du défenseur du système. Il y a 15 jours, c’était lui, avec sa proposition de taxer les plus riches à 75% qui poussait Nicolas Sarkozy, candidat des riches, à être l’avocat du système. Nicolas Sarkozy peinait à représenter l’antisystème puisqu’il est censé être au dessus du système. La meilleure façon de contourner cet écueil c’est de dénoncer un système qui nous dépasse: L’Europe. Pratique non ?

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