Donc, sous réserve de ratification militante, le FN deviendra le RN, Rassemblement National.

Passons sur cette homonymie étonnante avec le mouvement de Jean-Louis Tixier-Vignancourt qui, en 1965, s’était présenté à la présidentielle, avec dans son équipe Jean-Marie Le Pen. Seul enseignement à en tirer : le manque d’originalité. Rassemblement National était d’ailleurs aussi le nom de la liste FN pour les législatives de 1986 et lors d’autres campagnes du parti d’extrême-droite. Pourquoi Rassemblement ? Pourquoi National ? Parce que c’est mieux qu’éparpillement international ou division régionale (pour déterminer la pertinence d’un slogan, il faut voir ce que donne l’inverse) mais… c’est vrai, ce nom banal dit l’essentiel : Marine Le Pen veut que son parti ne soit plus un parti de protestation, ni même d’opposition mais un parti de gouvernement ! Et pour gouverner en France, il faut passer la barre des 50% à la présidentielle, et donc rassembler, en finir avec le «frontal». Marine Le Pen veut que son mouvement devienne, à l’instar de ses partis frères européens, une force d’attraction pour atteindre le pouvoir. Comme –dans le clivage d’avant- le PS à gauche jusqu’en 2012 et les partis néo-gaullistes à droite jusqu’en 2007. On a changé d’ère et l’alternance, pense–elle, doit se faire maintenant entre nationaux et mondialistes. D’ou le maintien du mot «National». Ce mot colle parfaitement d’ailleurs à l’idée du nouveau clivage tel qu’Emmanuel Macron, lui-même, voudrait le dessiner : société ouverte, libérale, en accord avec la construction européenne, contre promoteurs du retour des frontières, d’une souveraineté nationale, économiquement et sociétalement peu libérale. Les mots «Rassemblement» et «National» sont donc pertinents.

Marine Le Pen s’est dite favorable à des alliances. 

Oui, ce qui est assez nouveau. Le FN s’est toujours construit contre tous les autres… d’abord contre la bande des 4 (PS/PC/UDF/RPR), puis l’establishment, puis l’UMPS et enfin le système ! Maintenant, Marine Le Pen semble envisager des alliances. Seulement il y a un gros paradoxe entre les ambitions affichées et le fond idéologique du discours d’hier… Ou comment tendre la main tout en faisant une grimace repoussante ?  Au moment où le Front devient Rassemblement pour s’ouvrir, Marine Le Pen fait un discours de repositionnement à l’extrême-droite, de recroquevillement conceptuel, un discours d’avant dé-diabolisation, avec délires et mensonges, par exemple sur le supposé coût de l’aide médicale d’Etat pour les étrangers : « Un milliard, peut-être 2!» dit-elle à la louche et avec une précision de cantinière… peu de social, rien sur l’euro. Mais surtout cette nouvelle façon de caractériser le clivage politique : le «nomadisme»  contre «les sédentaires». Voilà bien de la vulgate fasciste des années 30… «les nomades apatrides» opposés aux enracinés de la «terre qui ne ment pas»… Et puis, cette ouverture du congrès par Steve Banon, l’ancien conseiller de Donald Trump qui répète qu’il n’y a aucune honte à se dire raciste. Finalement, la question, s’agissant de l’accession de ce parti (FN ou RN) au pouvoir, reste toujours la même… le nom qui pose problème ne serait-il pas plutôt celui de Le Pen ?

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