Toute la gauche s’unie dans les Hauts-de-France, pour les régionales. Est-ce les prémices d’une alliance nationale?

 Ce peut être plus qu’un phénomène local si les appareils des gauches arrivent à s’entendre dans d’autres régions… Mais ce ne peut pas être un motif d’espoir pour tous ceux qui rêvent d’une large union de la gauche pour la présidentielle. Les Hauts-de-France connaissent une situation bien particulière. A l’époque du Nord-Pas de Calais, cette région était le cœur battant de la gauche populaire, le bassin du socialisme ouvrier français et le siège de puissantes fédérations PS et PC. Et puis, désindustrialisation, mondialisation, la gauche a perdu les classes populaires. C’est dans le nord que cela s’est manifesté le plus cruellement. Et lors des régionales de 2015, la gauche, très affaiblie, a appelé à voter au second tour pour la liste de droite de Xavier Bertrand afin de faire barrage au RN. Historiquement, symboliquement, tout le sens du terme Front républicain était contenu dans ce sacrifice. Parce qu’un retrait signifiait l’absence totale de la gauche au sein de l’Assemblée régionale. Aujourd’hui, pour tenter d’éviter une telle bérézina électorale (et un nouveau sacrifice auquel les électeurs risquent de moins consentir), la gauche, très diverse et divisée, a réussi à s’unir derrière l’écologiste Karima Deli. Le risque RN, sans Marine Le Pen cette fois-ci (et avec un Xavier Bertrand bien installé), est moindre qu’en 2015, estiment les signataires de l’accord, qui comptent bien, à ce stade, se maintenir quoi qu’il arrive. 

 Pourquoi un tel accord ne serait pas possible au niveau national ? 

A cause de l’état des forces, des ambitions et des idées telles qu’elles structurent le débat national à gauche en ce moment. Les compétences d’une région permettent un vague accord programmatique. Le souverainisme de LFI et l’européisme du PS ou des écologistes, les positions irréconciliables sur les questions macro-économiques ou la politique étrangère, les fractures sur la laïcité rendent, en revanche, impossible un tel accord pour la présidentielle. Sans parler bien sûr des fortes personnalités et des ambitions des chefs à plumes. L’accord des Hauts-de-France n’est, pour l’instant, qu’une pure construction d’appareil, basée certes sur une forte aspiration à l’union des électeurs de gauche, mais surtout sur des négociations de couloir pour la place de chacun sur la liste, certainement pas sur une vision programmatique négociée. Il ne faut pas, pour autant, nier la force politique (et symbolique) de cet accord. Et ce qu’il révèle : aujourd’hui, le lien le plus sûr entre toutes les gauches, c’est l’écologie. Bien sûr les socialistes espèrent que cet accord incitera les écologistes à se placer derrière eux dans d’autres régions. Mais on retiendra qu’en 2021, pour unir la gauche, il aura fallu commencer par se mettre derrière ceux qui sont porteurs de l’idée fédératrice de notre époque : l’écologie. L’écologie n’est-elle que le plus petit dénominateur commun pour une élection locale ou la nouvelle matrice de la gauche ? C’est à cette question que doivent répondre les leaders socialistes et écologistes pour espérer désigner un candidat commun en 2022. Un premier élément leur sera donné par les électeurs des Hauts de France, en juin. 

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