Ségolène Royal devrait donc se porter candidate pour la tête du PS. Ce serait une décision tout à fait logique et légitime. Nous sommes dans un système politique plus que jamais dominé par l'élection présidentielle. On peut le regretter ou s'en féliciter mais c'est comme ça. Toute offre politique doit en France être incarnée par un homme ou une femme de caractère, d'un caractère plus tranché que celui des autres. On peut penser ce que l'on veut des idées développées par Ségolène Royal c'est elle qui domine, du point de vue de la volonté, de l'ambition, de l'obstination. C'est elle qui domine tous ses camarades socialistes ! Et il faut un chef aux socialistes ! On sent bien ce matin que si Martine Aubry hésite à y aller, Ségolène royal ne se tâte que sur la façon dont elle annoncera qu'elle y va ! Toute la différence est là ! Le Front National sans Le Pen n'est presque plus rien, la LCR sans Besancenot serait sans doute encore un groupuscule, le Modem avec François Bayrou n'est certes pas grand-chose, mais sans lui, ce serait Lilliput ! Delanoë et Aubry peuvent être de bons maires, d'honnêtes politiques, les militants du PS n'ont pas reconnu en eux le profil de médaille qu'ils recherchent. Alors c'est vrai, 70% des militants socialistes n'ont pas choisi la motion de Ségolène Royal, mais si elle est arrivée en tête, c'est dû à son style et sa personnalité plus qu'à ses idées, d'ailleurs assez difficiles à suivre en ce moment. De ce point de vue, la vie politique française ne s'est pas départie de ce côté bonapartiste, sans cesse à la recherche d'un personnage providentiel digne de succéder un jour aux Rois, aux Empereurs à De Gaulle ou Mitterrand. Cette aspiration à la grandeur formate des candidats pas comme tout le monde, des personnages à l'égo surdimensionné et à la volonté de fer. Même s'il ne s'agit pas d'élire le Président, mais juste le parton du PS, la base du PS veut une bête politique à mettre en face de l'animal Sarkozy. A partir du moment où les prétendants étaient des présidentiables, les militants ont voté avec la présidentielle en tête et les candidats n'avaient que 2012 dans le crâne. Si Ségolène Royal se déclare candidate, vous imaginez bien que ce n'est pas pour le plaisir de se rendre tous les matins rue de Solferino, c'est pour gagner dans 3 ans et demi. Les autres leaders du PS lui reprochent de vouloir faire un parti de supporters plutôt qu'un parti de militants. En attendant, forte de ses 29%, il va falloir qu'elle rassemble d'ici dimanche pour se faire élire, si possible triomphalement, le 20 novembre par les adhérents du PS. Il n'y aura pas des questions de fonds à trois jours du congrès. Il ne s'agit que de rapports de force, il s'agit de la prise du plus important parti de France avec comme objectif de diriger le pays. Le travail nécessaire sur l'offre alternative ne pourra véritablement commencer que quand le parti socialiste aura trouvé son leader. Puisqu'il est d'abord question de personnalité, les idées sont secondaires. La preuve, Ségolène Royal ne jurait que par l'exemple des pays nordiques pendant la campagne et elle vient de dire que la sociale démocratie était morte - ça n'a pas empêché sa motion d'arriver en tête ! Chez nous, tout se passe comme si les Français choisissaient des hommes ou des femmes pour leur aplomb, leur culot. La mesure d'un grand leader français apte à gagner l'élection présidentielle se calcule dans sa capacité de dire à peu près n'importe quoi, tout et le contraire de tout en donnant une impression de cohérence. « Travailler plus pour gagner plus, tout en invoquant Jaurès... » par exemple. Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et François Mitterrand ont été des maîtres en la matière. Ségolène Royal est à bonne école !

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