Vous vous penchez sur le cas de Stéphane Gatignon, le maire de Sevran, qui fait une grève de la faim en campant devant l’Assemblée nationale pour alerter sur la détresse financière de sa ville…

Oui, c’est une initiative étrange pour un élu qui a accès, de par son statut et la place de son parti dans la majorité, aux ministres et aux services de l’Etat. Il est étrange et un peu déplacé de voir un maire utiliser les outils de la protestation anti-institutionnelle, faire le SDF en campant dans une tente. Reconnaissons tout de même que le coup d’éclat de Stéphane Gatignon fait enfin parler de la question de l’inégalité territoriale. Sevran, ville pauvre de Seine-Saint-Denis, gangrénée par le trafic de drogue et mitée par le chômage, n’a pas de ressources propres suffisantes. C’est une évidence. Sevran n’est pas un cas à part. L’Ile-de-France offre d’ailleurs un visage criant de disparités et d’insupportables injustices entre communes. Des centaines de milliers de franciliens de l’Est, notamment de Seine-Saint-Denis, prennent le métro ou le RER et opèrent une transhumance quotidienne et souterraine vers le centre de Paris et l’Ouest, notamment les Hauts-de Seine, là où il y a des emplois et donc des revenus. La population de l’Est de l’Ile-de-France habite, se fait soigner, éduquer, utilise les services publics de villes dans lesquelles elle ne travaille pas… et à l’inverse elle travaille dans des villes (et donc les enrichit) qui n’ont pas à supporter son poids social, les coûts de ses logements, de l’éducation de ses enfants. Un système de redistribution des richesses est donc nécessaire. Les outils de la péréquation, assez complexes, existent. Mais à l’évidence ils ne sont pas assez puissants. Ils sont de deux sortes. La péréquation dite verticale, c'est-à-dire la distribution de fonds provenant de l’Etat et la péréquation dite horizontale, dite aussi « Robin des bois » qui consiste à prendre aux communes riches pour donner aux communes pauvres.

Et on imagine qu’une majorité de gauche va renforcer cette péréquation !

Oui mais il faut souligner que la droite n’avait pas freiné les péréquations, ni verticales, ni horizontales… Seulement la crise a entrainé un rythme plus grand encore des inégalités territoriales. La loi de finances qui va être discutée prévoit une augmentation sans précédent des fonds de péréquations en 2013. Mais si le Premier ministre veut vraiment les renforcer, ce doit être à somme nulle à cause des contraintes budgétaires. C’est-à-dire qu’il va falloir prendre un peu plus à une majorité de communes riches pour donner plus à une minorité de communes pauvres (moins de 1000 sur 36.000)! Et ce n’est pas de la droite que viennent les plus grandes résistances ! La gauche étant quasiment hégémonique dans les villes les plus importantes, ce sont des maires PS qui font pression discrètement, en ce moment, pour que le gouvernement calme ses ardeurs égalitaristes. Une lettre signée notamment par Bertrand Delanoë, Pierre Cohen ou Gérard Collomb, maires socialistes de Paris, Toulouse et Lyon, demande au Premier ministre d’aller moins vite dans la péréquation… Péréquation qui ne devrait pourtant compter que pour 0,34% de leur budget au lieu de 0,15% l’année dernière ! En se manifestant ainsi, Stéphane Gatignon rend, paradoxalement service au Premier ministre parce qu’il met en lumière l’égoïsme des maires les plus riches. Leurs amendements anti Robin des bois, qu’ils s’apprêtent à faire défendre au Parlement, passeront un peu moins inaperçus.

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