Ce matin, Thomas Legrand se pose une étrange question : que pense François Hollande ?

Oui, cette interrogation m’est venue subitement en constatant que la France était, sous François Hollande, le pays qui aura demandé à l’Iran le plus de garanties pour un accord. Avant ce week-end, je dois avouer que je ne savais pas que sur ce dossier, François Hollande était sur une ligne à ce point, ferme. En fait il y a pléthore de domaines sur lesquels on ne sait pas quelle est la position profonde de François Hollande… Et beaucoup de gens, même autour de lui, n’en savent pas plus ! Au moment du mariage pour tous, il n’a jamais eu de mots enthousiastes pour défendre ce texte et on avait l’impression qu’il y allait à reculons, plus pour tenir une promesse qui ne coûte rien que par conviction. On a bien vu pendant la campagne des primaires socialistes qu’il se situe plutôt sur l’aile modérée et européenne de son parti, on connaît ses quelques convictions sur la fiscalité qu’il n’a d’ailleurs pas pu mettre en place. Sur les institutions, les plus pointus d’entre nous savent qu’il est plus départementaliste que régionaliste… En matière de sécurité, on le découvre plutôt sur une ligne de fermeté ? Est-ce, encore fois, une conviction profonde ou est-ce dû à la popularité insolente de son ministre de l’Intérieur qui incarne cette tendance ? Ce flou sur ce qui fait la moelle des convictions du Président lui a sans doute permis d’apparaître plus apte à rassembler qu’un Nicolas Sarkozy clivant en mai 2012.

François Hollande avait d’ailleurs fait campagne sur le thème de la société apaisée…

Oui, mais il s’avère qu’on apaise aussi en s’appuyant sur quelques certitudes qui rassurent. La campagne de 2012 laissait entendre que ça en serait fini des clivages excessifs et instrumentalisés qui avaient miné le précédent quinquennat. Mais que l’on ne puisse pas distinguer ce qui vient des convictions profondes de François Hollande de ce qui résulte d’une analyse des rapports de forces, n’est pas fait pour rassurer ses partisans et ouvre des espaces à toutes les contestations… Est-il vraiment convaincu que la transition énergétique doit passer par une diminution drastique du nucléaire ou l’affirme t’il pour sauver sa majorité ? L’écotaxe ? Est-ce le premier pas vers une réorientation de notre économie ou une façon de faire entrer des subsides dans les poches de l’Etat ? Et puis, lors de l’affaire Leonarda, avant que François Hollande ne s’exprime, rien d’assez clair, dans ses prises de positions passées, ne pouvait nous renseigner sur ce qu’il allait bien pouvoir décider. Du coup, il ne peut ni surprendre ni rassurer. Deux atouts qui lui manquent cruellement aujourd’hui. Pourtant sur l’ensemble des sujets que l’on vient de citer, il y a des déclarations qui répondent à nos interrogations. Mais elles n’ont visiblement pas laissé une empreinte suffisante dans l’opinion des Français. S’agit-il d’une absence de convictions profondes ? S’agit-il de l’ambigüité tactique de laquelle « on ne sort qu’à son détriment », comme l’avait théorisé le Cardinal de Retz ? Si c’est le cas, alors ça aura sans doute été utile pour conquérir le pouvoir après cinq ans de sarkozysme effréné et vain. Mais sans reprise de la croissance, sans baisse du chômage cette impression d’absence de colonne vertébrale s’avère anxiogène pour la société ! Ce problème peut-il se régler en changeant de Premier ministre ? Eh bien ce sera le sujet de l’édito de demain !

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