Il y a quelques jours M.Valls disait que contre le FN, il fallait « tout faire». Aujourd’hui, il parle de fusionner, éventuellement, les listes LR et PS entre les deux tours des régionales dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Oui, au départ le « tout faire » de Valls semblait juste signifier : retrait des listes PS là où il y a danger FN. On n’imaginait pas que le 1er ministre mette, dans son « tout faire », la fusion de listes. La fusion est très utilisée par les partis de la gauche. On se compte au premier tour et on fusionne au second. Ce système sied aux listes concurrentes d’un même camp. A priori pas aux listes adversaires, bien que juridiquement rien ne l’empêche. Mais, nous avions une analyse restrictive du terme « tout faire ». Le 1er ministre nous l’a confirmé, il envisage bien de proposer, le cas échéant, des fusions de listes avec LR. Ça institutionnaliserait l’UMPS, (ce qu’il assume et prend même l’exemple de la grande coalition allemande). Seulement, ni le PS, ni LR ne seraient politiquement et techniquement prêts en 2 jours (les listes pour le second tour doivent être déposées dès le mardi soir !), prêts à se mixer ! C’est-à-dire à demander à des candidats de droite de se retirer pour des socialistes! C’est irréaliste et le Premier Ministre le sait très bien. Imaginons quand même l’impossible : X.Bertrand (sous l’emprise d’une drogue dure ou d’un coup de foudre pour une socialiste) accepte la fusion, et bien rien ne dit que cette liste UMPS l’emporte face au FN. Le désastre serait complet.

Valls émettrait une hypothèse qu’il sait absurde?

C’est une position de principe, un jalon. L’affirmation que les vieux clivages vont exploser. Une façon spectaculaire de dessiner le paysage politique post-tremblement de terre FN. Valls fait de la sismologie politique … La gauche est fracassée. Le schisme entre le Front de gauche et le PS macrono-vallsien parait irrémédiable. La montée en puissance du FN va accélérer la tectonique des plaques de la droite : Morano et les races, Guaino qui respecte Marion Marechal-Le Pen, de Villiers qui revient, les bestsellers des intellectuels réacs. On peut penser que la droite va, à son tour, connaître un schisme à moyen terme (peut-être après 2017) sous la pression d’un FN surpuissant. Le tripartisme actuel ne peut pas durer, puisque l’élection présidentielle et le fait majoritaire à l’Assemblée imposent le bi-partisme. Dans une nouvelle géographie politique, M.Valls se voit bien incarner le point d’équilibre d’un grand pôle modéré, démocrate, face à une droite dure. JP.Raffarin ne dit-il pas que la droite girondine, européenne et sociale pourrait gouverner avec Macron et Valls ? On voit apparaître les nouvelles frontières de cette géographie naissante. Le poids des habitudes et des appareils est encore trop lourd, mais les contours du nouveau clivage dont nous parlions hier en évoquant Gluksmann, Universaliste/Identitariste, Européen/Souverainiste, à l’instar de ce qui se passe dans la plupart des démocraties, commencent à se dessiner chez nous. Le message de Valls, en réalité, concerne assez peu les régionales mais bien plus l’après, un futur paysage bi-polaire qui éclot sous nos yeux.

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