Nous sortons de 5 ans de commémoration de la grande guerre.

Longue période de commémoration ! Parfois fastidieuse, jusqu’à la fin créatrice de polémiques bien françaises, de celles que génère la fabrication du pourtant nécessaire récit (et non roman) national. Fabrication qui mêle et confronte des éléments pas toujours compatibles : histoire et mémoire. Mais ces cinq ans auront été utiles puisqu’il n’y a plus de témoins directs et que de cette boucherie est née le monde moderne et les grands événements du XXe siècle. Il aura été rappelé, comme l’a fait Emmanuel Macron hier, qu’à confondre patriotisme et nationalisme ont créé l’enfer. Et puis ces 5 ans ont été riches événements en résonance avec la grande guerre. Les attentats, la folie djihadiste, sont aussi (les historiens font le rapprochement) de lointaines répercutions des dérèglements géopolitiques issus de 1918, avec le tracé par les Français et les Anglais de frontières artificielles au Proche-Orient et au Levant... Et lors de cette dernière semaine des commémorations, deux faits symboliques sont venus s’entrechoquer, nous rappeler la permanence des ondes de 14-18 et signifier même le retour du tragique de l’histoire : le prix Fémina pour le Lambeau de Philippe Lançon et la décision de faire entrer Maurice Genevoix au Panthéon ! 

Quel rapport ?

De nombreux textes de Maurice Genevoix ont été diffusés dans la presse, ces derniers jours, qui évoquent ses camarades, gisants à ses côtés, fauchés par la macabre loterie des tranchées. Il décrivait leurs yeux suppliants ou apaisés au moment fatal. Quand a été annoncée la panthéonisation de Genevoix, j’ai pensé à Bernard Maris. Bernard Maris, économiste, chroniqueur et débatteur à France Inter, était aussi l’un des patrons de Charlie. Il est mort sous les balles des terroristes en janvier 2015. Il se trouve que Bernard, qui avait épousé la fille de Maurice Genevoix, s’était passionné pour l’œuvre et la vie de l’écrivain et avait fait de son entrée au Panthéon l’un de ses objectifs absolus. Il nous en parlait souvent. On écoutait distraitement ce qui nous semblait une lubie un peu étrange d’un fan de l’auteur des dictées piégées de notre enfance. Aujourd’hui, son vœu est exaucé. Bernard Maris est aussi l’un des principaux personnages du livre de Philippe Lançon. Son martyre au moment de l’attaque de Charlie y est décrit par le menu, comme celui des camarades de Genevoix dans Ceux de 14.  Cette même semaine de l’annonce de la prochaine entrée de Maurice Genevoix au Panthéon, Philippe Lançon, gueule cassée de 2015, remporte le prix Femina. Deux événements mineurs au regard de l’histoire mais qui font revenir Bernard Maris dans nos mémoires. Et je comprends soudain mieux ces mots ‘nos morts’ qui me paraissaient désuets, un brin cocardiers, inutilement grandiloquents ou même suspects de récupération, sur les monuments du souvenir des communes françaises. Mais ‘Nos morts’, dans chaque village,  c’était surtout la famille, les voisins... Tout le monde avait ses morts. Je vois maintenant ce que cette expression ‘nos morts’signifie. Nous, ici... nous avons Bernard.  

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