Gilets jaunes, un an de controverse médiatique.Comme toujours, me direz-vous... mais là c’est spécial parce que l’une des particularités de ce mouvement, c’est qu’il est le fait d’une population qui, loin de l’œil des caméras, s’exprimait peu et ne se sentait pas représentée par les syndicats ni les partis habituels.

Il y a un an débutait le mouvement des gilets jaunes. Ici à Avignon.
Il y a un an débutait le mouvement des gilets jaunes. Ici à Avignon. © Getty / Arnold Jerocki

On a déjà beaucoup analysé la sociologie gilet-jaune... Par exemple, les femmes seules avec un emploi précaire. Ou alors toute une frange de la population isolée, qui se sent ou est perçue comme ‘cas soc’, terme terrible estampille de cause perdue. Depuis des années, les médias, sous le feu de la critique, accusés de ne pas voir la réalité de la vie d’une bonne partie des Français, devant l’émergence de ce mouvement, hors radars classiques, se sont précipités pour faire témoigner cette France –peut-être majorité silencieuse- qui inaugurait un mode d’action novateur. La médiatisation a été inédite en volume. La Revue des Médias, éditée par l’INA, publie aujourd’hui des chiffres hallucinants sur les 5 premiers mois : 20% des sujets des JT étaient consacrés aux Gilets jaunes avec, au début, beaucoup de récits de vie, de témoignages de situations sociales d’une population rurale ou périurbaine, assignée à l’utilisation de la voiture. Les actes I à VI ont totalisé 176 heures sur LCI et 184 sur BFM. Records absolus. Les thématiques sécuritaires (avec des perceptions radicalement opposées) ont pris le pas sur les thèmes sociaux au fil des semaines.

Et personne n’est satisfait de cette hyper médiatisation !

Non parce qu’il est impossible de rendre compte, par le direct, d’une réalité sociale, d’une somme de vie, de difficultés personnelles... 

Le traitement d’actualité immédiate ne scrute que les manifestations de la colère. Et quand elle n’est pas structurée par un syndicat, un parti, personne ne peut se retrouver dans l’image médiatique qui en est donnée. Chacun vit une situation particulière sur son rond-point, dans sa boucle de réseaux sociaux. Cette vue parcellaire ne pouvait être traduite fidèlement par les grands médias. Ces derniers étaient accusés par les Gilets jaunes de simplifier, dans un premier temps, puis de ne montrer que la violence, alors que beaucoup d’activistes novices découvraient surtout la fraternité, la camaraderie et retissaient des liens sociaux. 

De leur coté, le gouvernement ne comprenait pas que l’on tende nos micros à des porte-paroles autoproclamés sans aucune légitimité qui tenaient des propos séditieux. Au bout d’un an, on commence à peine à cerner ce qu’a été ce mouvement. Il y a eu le temps des directs (donc de l’écume) puis le temps des reportages (les vagues). 

En ce moment, c’est le temps des documentaires, plus longs (les mouvements profonds). France 3 en a diffusé 13 en régions et va passer plusieurs 52 minutes sur son antenne nationale. Puis viendra le temps des livres et des fictions (des thèses universitaires). Il en va en fait de la vérité médiatique comme de la politique ou de la justice. Il faut du temps. Mais s’agissant des médias, personne n’a cette patience. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux et la fin des grands récits collectifs, il devient impossible, de faire coincider vérités individuelles et collectives. D’où ce sentiment général d’incompréhension un an après le début du mouvement.

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