"Une vérité qui dérange" d'Al Gore était projeté hier aux parlementaires français. Al Gore était là. Et si le cinéma changeait le monde ? Depuis "Indigènes", on se dit que tout est possible puisque c'est en voyant ce film que Jacques Chirac s'est opportunément mais tardivement souvenu du sort des combattants coloniaux, ces héros venus d'ailleurs pour sauver la France. Alors, "une vérité qui dérange" va-t-il réveiller les consciences politiques, dans le monde et en France, sur les dangers du réchauffement de la planète ? Il fallait les voir hier les parlementaires français, près de 300, ovationner Al Gore, le héros du film, là devant eux, en chair et en os. Jean-Louis Debré, président de l'assemblée nationale, aux côtés de la radicale Christiane Taubira, aux côtés de l'UMP Claude Goasguen, aux côtés du socialiste Jean-Marc Ayrault, aux côtés de la verte Dominique Voynet - ça devait faire longtemps qu'ils n'avaient pas fait un cinoche tous ensemble. Et c'est le réchauffement climatique qui les a amenés à cette même séance. "Une vérité qui dérange" se veut un écarquilleur d'yeux. Un "choc" espère Al Gore. Qui rappelle que quand il était jeune, ce sont des images du Sud des Etats-Unis qui l'ont conduit lui, et sa génération à s'engager dans le combat pour l'égalité des droits civiques entre blancs et noirs. Il voudrait aujourd'hui que ses images aient le même impact. Graphiques, dessins animés, images catastrophes, musique angoissante, mais aussi humour servent efficacement la cause de ce film, qui nous démontre avec pédagogie que nous voici aujourd'hui dans le temps des conséquences de notre irresponsabilité. Et qu'il est donc temps de nous occuper de la terre, "notre seule maison" précise Al Gore. Cette maison dont Jacques Chirac nous affirmait en 92 déjà, qu'elle brûlait et que nous regardions ailleurs, sans réussir à nous convaincre que lui-même faisait quelque chose pour éteindre l'incendie. Et hier, malgré les applaudissements nourris à la fin du film, malgré les réactions unanimes à l'issue de sa projection "oui, l'heure est grave, il faut faire quelque chose"; on ne pouvait s'empêcher de penser qu'on était tombé dans une drôle de mise en abymes. Des politiques regardant un film sur des politiques manquant de courage politique pour prendre des mesures. Drôle de miroir. Mais qu'importe après tout, il s'agit d'une sonnette d'alarme. Nicolas Hulot, à sa façon en France, en est une autre, en menaçant de se présenter à la présidentielle si les candidats classiques ne prennent pas en compte l'urgence environnementale. A la toute fin du film d'Al Gore, il y a ce même message salutaire adressé aux spectateurs. "Votez pour les candidats engagés dans cette lutte... Sinon présentez vous!" Voilà chacun mis devant ses responsabilités. Vous voyez ce qu'il vous, ce qu'il nous reste à faire si d'ici quelques mois, pour la présidentielle ou les législatives, les spectateurs d'hier soir ont oublié "cette vérité qui dérange".

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