Je voulais revenir sur la position de trois quadragénaires socialistes qui se sont distingués dans cette affaire. Benoit Hamon, Manuel Valls et Arnaud Montebourg. Tout trois ont eu une position sévère, envers Fréderic Mitterrand et tous trois ont été rapidement taxés, de populistes à la traine du Front National, ou de nouveaux pères la vertu notamment par Bernard-Henri Levy ce matin dans Libération qui compare Benoit Hamon aux pamphlétaires pudibonds d’extrême droite du début des XXème siècles. Qu’il y ait eu une dose d’opportunisme politique c’est une possibilité mais il ne faudrait pas passer à coté de ce que dit l’analyse générationnelle des prises de positions de chacun. Au fond il y a deux choses fondamentalement insupportables dans cette affaire: Un, l’idée que puisse être banalisée ou excusée la moindre forme d’asservissement humain, que ce soit la prostitution via le tourisme sexuel, la pédophile, ou le viol. Rien à voir bien sur avec une quelconque liberté sexuelle dont parle BHL…Deux, l’opprobre jetée sur un homme pour son travail d’écrivain, le fait de prendre un extrait de son œuvre pour un procès verbal et lui demander des comptes sur des écrits dont ont sait ce qu’ils comportent une part de souffrance, d’esthétisme, de vérité et de mensonge, le contraire d’une apologie. Ces deux violences, qui n’ont rien à voir jouent pourtant, dans cette affaire l’une contre l’autre. L’une est le fait de Fréderic Mitterrand lui-même. Sa déclaration lors de l’arrestation de Roman Polanski et sa façon de minimiser ce qui n’est rien d’autre que un viol sur mineure, c’est une violence…Et l’autre, c’est la façon dont Marine Le Pen a utilisé les textes de Frédéric Mitterrand, c’est une violence aussi. Les générations politiques, ne réagissent pas avec les mêmes degrés de révolte face à ces deux violences. C’est ce qui explique la réaction des quadras du PS ?Oui, et je pense que ça n’a rien à voir avec un quelconque retour de je ne sais quel ordre moral. Peut-être un peu avec une exigence grandissante de morale politique. Mais surtout, et parce que, encore une fois ces discussions que l’ont peut avoir (je suis quarantenaire) avec nos grands frères de cinquante ou soixante ans révèlent souvent que face à la question de la sexualité, de l’intégrité du corps de l’autre, face au viol, ou au détournement de mineur ou même face à la prostitution il y a une différence de perception, une différence de tolérance, une prise en compte nouvelle, peut être chez les plus jeunes de la souffrance psychologique. L’apologie, même littéraire du viol dans le Hussard Bleu de Roger Nimier ne serait plus reçu pareil aujourd’hui…Le viol n’est un crime en France que depuis 30 ans, grâce au combat des féministes… Les travaux des psychiatres, ces vingt dernières années sur les abus sexuels dont sont victimes les mineurs, intègrent de plus en plus les consciences (rien à voir avec les pères la vertu invoqués par BHL). Inconditionnel de Brassens, j’ai toujours été frappé par ces vers de la Princesse et du croque notes : « Tu as treize ans j'en ai trente qui sonnent Grosse différence et je ne suis pas chaud Pour tâter d'la paille humide du cachot » Le premier argument du croque note c’est simplement « je ne veux pas aller en prison »… Finalement il y a bien une évolution, dans le temps de la perception de l’intégrité du corps de l’autre. Frédéric Mitterrand a montré, jeudi soir qu’il intégrait aussi cette évolution. Les réactions, variées et parfois surprenantes, pendant toute cette affaire avaient souvent à voir avec l’âge de chacun. Quelle est la violence la plus insupportable?… la violence inquisitoriale faite à l’écrivain Mitterrand ou la violence faite par le ministre Mitterrand qui minimise un viol dans une déclaration officielle? Chacun a répondu à sa façon. Et ça a donné ce débat fait d’abord d’incompréhensions mais aussi un débat de fond duquel il ne ressortira pas forcement que des aspects négatifs.

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