Ce soir, aura lieu le face-à-face entre les deux finalistes de la primaire : danger !

Oui, deux candidats qui sont, il faut quand même le rappeler, exactement sur la même ligne politique, vont s’affronter dans un duel radio-télévisé. Nous touchons là aux limites de l’exercice des primaires. C’est par des détails programmatiques sur-gonflés et dramatisés, ou par de la personnalisation à outrance que les deux finalistes vont devoir se différencier. Les images qu’ils donneront d’eux-même, les propos que chacun tiendra sur l’autre devront être extrêmement contrôlés, soupesés pour ne pas compromettre l’avenir. Ce n’est pas gagné, au vu des déclarations aigres-douces (plutôt aigres que douces d'ailleurs) de ces derniers jours. Se différencier sans se nuire ? L’exercice est beaucoup plus risqué ce soir que lors de la série de débats à six, en rang d’oignons… Les regards, les mimiques, tout sera observé à l’aune de leurs obligations futures. Ce face-à-face peut être déterminant, au contraire de la plupart des duels politiques classiques. D’habitude, ça confirme une impression, abîme une image déjà entamée ou renforce une dynamique mais ne renverse pas les situations. Là, c’est différent. La très grande majorité de ceux qui ont voté Hollande au premier tour, apprécient aussi Aubry et inversement. Un électeur de la primaire peut très facilement changer d’avis car son hésitation n’est pas idéologique. Se contredire dans son choix, d’un dimanche à l’autre, ce n’est pas se trahir soi-même.

L’ombre d’Arnaud Montebourg va planer sur ce débat…

Oui, c’est le génie d’Arnaud Montebourg d’avoir eu l’idée d’écrire sa lettre aux « impétrants » comme il dit et d’avoir réservé sa position pour l’après-débat. Le ton de la lettre laisse penser qu’elle contient le code secret pour sauver le pays. D’ailleurs, pronostique-t-il, si le candidat socialiste ne s’y rallie pas, ce sera Nicolas Sarkozy qui finira par proposer ses solutions… Pourquoi s’inquiéter, après tout, puisqu’un si beau programme ne peut rester orphelin ? À écouter Arnaud Montebourg ces derniers jours, on dirait que c’est lui qui fait 40% et que les deux impétrants 17% chacun. Le plus étonnant c’est que la prétention sans bornes de Montebourg semble rencontrer un certain écho. Il faut dire qu’Aubry et Hollande mais surtout leurs soutiens n’hésitent pas à user de la courbette révérencieuse devant le nouvel Himalaya de la pensée socialiste... « Arnaud a été le premier à proposer les primaires », « Arnaud a su si bien se dresser face aux banques », disent-ils sur toutes les chaînes d’infos, comme on lance une poignée d’appâts sur un bon coin à truites. Ils déroulent un tapis rouge et moelleux pour le prince de Bourgogne qui n’arrive pas à cacher le plaisir qu’il prend à ce moment de grâce. Il va même jusqu’à prononcer, dans le journal Libération d’hier, cette drôle de phrase de triomphateur qui attend son butin : « c’est à Martine Aubry et François Hollande de faire entrer leur cohérence dans la mienne ». Faire entrer sa cohérence dans celle de quelqu’un d’autre, ça a quelque chose de la pornographie politique. Plus loin, il reproche à François Hollande : « au congrès de Dijon, il m’a refusé la VIème République ». Attention, on ne refuse pas une république à Arnaud Montebourg sans qu’il y ait des conséquences… Ce qui se joue ce soir pour les deux finalistes ce n’est pas de prouver qu’ils sont des bons fabricants de synthèse socialiste mais qu’ils sont de bons présidentiables. Ils ne peuvent décemment pas aller au-delà de l’affirmation convenue dans ces cas-là : « j’ai entendu le message des urnes ». En dire plus ce soir, donner l’impression que leur programme du premier tour est déjà à ce point réformable, ce serait simplement la preuve qu’ils n’ont pas la stature présidentielle.

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