Ce matin vous nous parlez d’un livre consacré à la gauche : Les gauches françaises, 1762-2012 , de Jacques Julliard.

Oui c’est une somme qui rassurera, ceux qui ont du mal avec la droitisation ambiante. Elle leur rappellera à quel point la gauche a été influente en France, depuis plus de 200 ans, même quand elle n’avait pas le pouvoir. Ce livre a l’ambition à peine voilée d’être le pendant pour la gauche de la référence, Les droites en France de René Rémond. Il faut le conseiller à tous ceux qui aiment à la politique. Lors de la dernière campagne présidentielle, on a vu les candidats multiplier les références, puiser dans l’histoire politique pour contrecarrer cette perte de repère qui semble caractériser l’époque. François Hollande faisait régulièrement allusion à Ferry, Gambetta, Clemenceau, les grands de la III ème République, les fondateurs. Jean Luc Mélenchon, citant Hugo et Jaurès à la tribune a remis l’Histoire au cœur de l’argumentaire de campagne. Le livre de Julliard permet de mieux lire la carte complexe des idées, des influences et de l’imaginaire de la gauche. Il aide à comprendre les multiples débats qui l’on traversé. Et ce, grâce à des portraits croisés. Classiques d’abord : Robespierre/Danton, Jaurès/Clemenceau, Sartre/Camus, Mendès/Mitterrand et plus audacieux ensuite et même certainement troublant pour des lecteurs de gauche : Poincaré/Briand ou Thiers/Blanqui. Le récit de ces grandes controverses est éclairant car les débats qui agitent un même camp, sont souvent plus riches, intellectuellement que les débats gauches/droites dans lesquels s’affrontent les enjeux de pouvoir et submergent presque toujours la confrontation d’idées.

Et pour pousser le parallèle avec René Rémond, Jacques Julliard établit un classement des gauches françaises.

Oui, ce n’est pas le premier à s’y risquer, Michel Winock l’avait déjà fait mais la catégorisation de Julliard est plus historique. Il y est d’ailleurs plus difficile d’y ranger de façon satisfaisante les partis politiques de la gauche d’aujourd’hui. Les quatre courants se sont trop entrecroisés depuis deux siècles. Mais, en France, en bon cartésien, on classe, on trie, on catégorise… et puis on conteste tout ça, ce qui permet des débats aussi passionnants qu’interminables. Pour Jacques Julliard il y a donc quatre gauches en France : la gauche libérale, la gauche jacobine, la gauche collectiviste et la gauche libertaire. Ces quatre gauches ont eu chacune leur heure de gloire, surtout la libérale et la jacobine dans l’édification de la République. La gauche collectiviste a été très influente au XXème siècle mais s’est toujours heurté, justement aux idéaux des deux premières, héritières directes de la Révolution et de ses valeurs parmi lesquelles la liberté en plus de l’égalité! La gauche libertaire souterraine irrigue la vie politique française à travers, notamment le monde intellectuel et syndicaliste. On se rend compte, au fil des pages que les débats d’aujourd’hui sur la laïcité, l’éducation, sur les contraintes budgétaires, le volontarisme ou le pragmatisme, la Nation ou l’Europe, la nature qu’il faut préserver ou transformer, viennent de loin et répondent à des logiques et des reflexes hérités de cette histoire politique. Il n’est pas besoin d’avoir fait Science-Po ou d’avoir relu tout Benjamin Constant et Marx cet été, pour apprécier ce pavé d’historien et de journaliste engagé : Les Gauches en France , 1762 (c'est le contrat social de Rousseau)-2012 : Histoire, politique et imaginaire. Chez Flammarion.

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