François Hollande a décerné vendredi la Grand-Croix de la Légion d’honneur à Michel Rocard. Il a salué le « réformiste radical ».

Oui, et les images et les mots de cette cérémonie peuvent rappeler l’accolade de F.Mitterrand à PMF, en mai 1981, lors de la cérémonie d’investiture du président socialiste. Mendes-France avait les larmes aux yeux. Il y avait-là quelque chose de particulièrement gênant et troublant. Mitterrand étreignait ce qu’il y avait de plus honnête et rigoureux à gauche. Pas précisément les caractéristiques dont il avait usé pour accéder au pouvoir. Savait-il, lors de cette accolade, que 2 ans après, il allait devoir –faute d’avoir parlé vrai- trahir ses promesses ? Mitterrand méprisait l’héritier politique de Mendes : Rocard. Que disait Rocard à cette époque? Qu’il fallait réformer par le compromis, mettre en place les instruments d’une social-démocratie adulte. Il était contre les nationalisations à 100%, idéologiques et ruineuses, disait-il. Mendes, puis Rocard, attachés à la gauche (le premier via le radicalisme, le second par le socialisme démocratique) étaient soucieux des finances publiques. Pour Mitterrand, tout ça n’était que de l’intendance. Mais l’intendance n’a pas suivie et il dû opérer le virage de la rigueur en 1983. La défiance envers la politique d’aujourd’hui vient aussi de là !

Mais F.Hollande n’est pas dans le même état d’esprit que F.Mitterrand, vis à vis de PMF et M.Rocard.

Non, pour F.Hollande, l’économie, les finances publiques, ce n’est pas, comme pour F.Mitterrand, une matière bassement matérielle et encombrante. Nourris au Delorisme (racine qu’étrangement il revendique très peu) F. Hollande est en phase avec M.Rocard, qui admet l’économie de marché et fait confiance au secteur privé, borné par des systèmes de régulations et de redistributions. Vendredi, F.Hollande a dit ceci à M.Rocard : « vous rêviez d’un pays où l’on se parle à nouveau, d’une politique qui serait attentive à ce qui est dit et non à qui l’a dit. » Le problème c’est que F.Hollande n’est pas arrivé au pouvoir en Rocardien, ou en Mendesiste… mais en Mitterrandien. Sans les promesses de Mitterrand, certes, mais avec son art de l’ambiguïté tactique. Hollande est rocardien en économie et Mitterrandien en politique. Seulement dans un monde globalisé, lorsqu’on prend le pouvoir à Paris on ne le prend pas sur l’économie mondiale. Aujourd’hui, Hollande n’a que très peu de chance d’être réélu. F.Mitterrand ne l’a été qu’après deux ans de cohabitation (période parfaite pour l’ambiguïté tactique). Hollande sait bien que ce qui reste en lui de mitterrandien ne lui servira à rien pour être réélu. Et encore moins pour réformer la France. C’est dans la lignée Mendes, Delors, Rocard qu’il lui faut puiser, puisque c’est sa vraie lignée idéologique. Cette lignée dicte aussi une façon de faire de la politique. Jusqu’ici, c’est vrai, ce n’était pas la voie la plus sure pour se faire élire. Mais aujourd’hui, vu l’état de déprime et de défiance ambiante, un peu de franchise, et même –soyons fous et désuets- d’honnêteté, ne serait sans doute pas pour déplaire à une grande partie de la gauche et aussi, des français.

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