Après l’affaire de Grigny vous vous interrogez sur cette formule : « Zone de non droit »…

Oui, il s’agit de ces quartiers, ces coins de banlieue, entre quelques barres ou sur une dalle, dans lesquels la police ne peut plus aller ou (ce qui pose d’autres questions) où elle pourrait aller mais au risque de provoquer des émeutes. Et là, c’est le pouvoir politique qui demanderait aux forces de l’ordre de se tenir en retrait. Ce qui rend pertinent –au moins sur ce sujet- le slogan sarkozien selon lequel « la République recule ». Le terme « zones de non droit » paraît approprié. Le droit n’y règne plus, ou plutôt, un nouveau droit, de nouvelles règles imposées par l’économie de la drogue qui a ses lois, sa bourgeoisie naissante, opulente et oppressante, s’impose. Ce sont donc des zones, en réalité, non pas « de non droit » mais des zones soumises à un autre régime d’autorité. Le terme « non droit » peut aussi être retourné : il s’agit de zones dans lesquels les habitants n’ont plus les mêmes droits que le reste de la population. Des zones de ségrégation sociale, liée au patronyme, à l’adresse, au nom du quartier ou de la ville qui agit comme un sceau infamant. Les habitants de ces quartiers ne se sentent pas appartenir à la même société que les autres Français. La ghettoïsation les a cantonnés dans un lieu dans lequel le droit s’est retiré. Le droit, comme Leurs droits.

La réponse de Manuel Valls, c’est plus de moyens et de protection pour la police.

Ce qui est ponctuellement utile mais qui ne répond pas à ce que disent les policiers selon lesquels leur non-intervention est due, avant tout, aux ordres venus d’en haut, afin d’éviter un nouvel embrasement type 2005. Mais surtout, cette mesure annoncée par le 1erministre ne dit rien de l’autre aspect de la question : le droit des habitants, donc la lutte contre la discrimination spatiale. Il est vrai que par ailleurs, la ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, annonçait qu’elle allait rétablir une mesure phare du projet de loi Egalité et Citoyenneté, retoquée par le Sénat, qui prévoit d'octroyer au moins 25% de l'habitat social aux plus modestes dans les quartiers non prioritaires. Une mesure de désenclavement social par l’habitat. En réalité, il en va des zones de sécurité prioritaire comme des zones d’éducation prioritaire. La vraie réponse à moyen terme, c’est la dé-ghettoïsation. Le courage politique consisterait à avouer que, bien sûr, nous ne voulons pas de scènes de guerre civile, pas d’émeutes urbaines… et que donc, tant que l’économie ne repartira pas, tant que sévira une discrimination sociale, et (pour peu que l’on s’en donne les moyens), tant que nous n’aurons pas mis en place cette politique de répartition des logements sociaux, cette politique de dé-ghettoïsation des villes riches et pauvres… aucune action répressive, aussi ferme soit elle, ne règlera la question. Le drame, c’est qu’il n’y a rien de moins électoralement rentable que de prôner une politique du logement et du peuplement qui vise à répartir les logements sociaux à travers le pays.

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