L’immigration empoisonne La France Insoumise

 Clémentine Autain et Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale le 12 juin 2018
Clémentine Autain et Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale le 12 juin 2018 © AFP / Alain Jocard

Jean-Luc Mélenchon est furieux que Clémentine Autain, députée de LFI, ait signé un texte intitulé Manifeste pour l’accueil des migrants, publié par l’hebdomadaire Politis, la revue Regard et Médiapart. Le texte a déjà réuni plus de 40.000 signatures. Il dit, entre autre, ceci : « Nous ne ferons pas à l’extrême-droite le cadeau de laisser croire qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses. ». Non, l’Europe n’est pas menacée de submersion migratoire, disent, en substance, les signataires, arrêtons les fantasmes et la peur. C’est un texte banal qui, sans l’interdit de JL Mélenchon, aurait pu être signé par la quasi-totalité des députés Insoumis. Mais Mélenchon a ses raisons. Il reproche aux signataires de se faire piéger, de laisser croire que la gauche serait favorable à l’accueil inconditionnel et l’ouverture complète des frontières.

Cette position de JL.Mélenchon est-elle un virage populiste comme pour d’autres gauches en Europe ? 

Non. La position de Mélenchon est tout à fait conforme à la doctrine classique d’une partie importante de la gauche depuis toujours ! La gauche n’est pas pour la totale liberté d’installation et l’absence de toute maitrise des flux aux frontières nationales ou européennes. De plus, de façon assez cohérente, JL Mélenchon, qui se réclame d’une forme de souverainisme social, s’oppose au libéralisme qui supprime toute forme de contrôle. Il est un piège dialectique dans lequel tombent (parfois volontairement) nombre de commentateurs ou de concurrents politiques du patron de LFI. Ce piège consiste à dire que JL Mélenchon se rapproche du FN, que le syndrome italien commence à se propager en  France. Marine Le Pen, elle-même, s’amuse de la «lepenisation» des esprits qui gagnerait la pensée mélenchonienne. Rien (à ce stade du moins) n’est plus faux. JL Mélenchon,  dans son discours de Marseille, fin août, et dans plusieurs prises de parole ou écrits depuis, reste dans les clous humanistes de sa famille politique. Son opposition à l’ouverture complète des frontières est motivée par les seuls arguments anticapitalistes, de concurrence des main-d’œuvre. Il ne faut pas appliquer au débat sur l’immigration à gauche la grille de lecture du même débat à droite. A droite, le fond de sauce du débat est aussi identitaire, parfois même raciste, pour ce qui est de l’extrême-droite. Rien de tout ça dans le propos de Mélenchon. Sa position, dans la plus pure tradition jaurésienne, ne cède rien à l’extrême-droite. Mais si le doute s’installe si facilement sur le virage populiste du leader de LFI, c’est en partie de sa faute. Sa mansuétude envers certains régimes autoritaires, son goût pour l’emporte-pièce, sa pratique parfois aléatoire de la vérité factuelle, comme sur les frappes russes en Syrie ou le vaccin anti-cancer à Cuba, sa violence verbale… en particulier envers les signataires du texte, traités de «castors obsessionnels», de gauchistes, cette façon d’affirmer que signer une telle tribune est un acte de trahison... n’aident pas à réfuter l’idée que le patron de LFI verse dans l’autoritarisme paranoïaque de celui que l’on trouve plutôt, en règle générale, à l’autre extrémité du spectre politique. 

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.