Vous revenez sur un évènement parlementaire…

Qui n’a pas eu l’écho mérité… La semaine dernière, le Groupe EM, avec la gauche, et sur une proposition du petit groupe des députés dissidents ex-marconiste de Mathieu Orphelin ont adopté un texte contre l’avis d’Emmanuel Macron. C’est un évènement, un vote d’émancipation des marcheurs par rapport à un pouvoir exécutif qui ne tient pas sa promesse de renouvellement de la façon de faire de la politique. Sur le fond, il s’agit de repousser la limite au-delà de laquelle il n’est plus possible d’avorter de 12 à 14 semaines. C’est une mesure sociale parce que les délais d’attente pour un avortement sont longs, et souvent les femmes les plus démunies n’ont pas la possibilité de bénéficier d’y recourir à temps. A l’occasion de ce que l’on appelle un niche parlementaire, c’est-à-dire, d’une courte période de temps pendant laquelle un groupe parlementaire à la possibilité, de proposer des lois, le groupe Ecologie, Démocratie, solidarité, donc (composé essentiellement de transfuges d’EM) met aux vois l’allongement de la limite à 14 semaines. Après des débats très durs avec la droite, la gauche et une majorité de marcheurs adoptent le texte en première lecture. Entre temps en conseil des ministres, Emmanuel Macron avait exprimé très clairement (mais pas publiquement) son opposition au texte, sur la forme (ce n’est pas le moment, il faut un vrai débat) sur le fond : le président avait lu avec intérêt une tribune d’obstétriciens qui alertaient sur l’évolution d’un fœtus entre 12 et 14 semaines. 

Mais ce n’est qu’une première lecture… le gouvernement va-t-il  accepter un vote définitif ? 

Vous savez que c’est l’exécutif qui est largement maitre de l’ordre du jour. Il est certain qu’après un vote (qui sera négatif) du Sénat, le gouvernement ne trouvera pas de date pour soumettre à nouveau le texte aux députés. C’est alors que l’on verra si Christophe Castaner, le nouveau président du groupe EM choisi de le proposer lui-même, au nom de son groupe pour le vote définitif. Il y est visiblement disposer et c’est ainsi que, la majorité aura adopté une loi contre l’avis du président. Au-delà des enseignements que l’on peut en tirer sur le fonctionnement de nos institutions, cet épisode montre surtout qu’il y a maintenant une distorsion exprimée pour la première fois entre une macronie parlementaire composée en 2017 sur la base du progressisme, et de l’ouverture sociétale (et qui est restée la même) et un Emmanuel Macron qui gouverne, finalement, à l’ancienne, en affirmant un présidentialisme, un pouvoir personnel, loin des promesses de campagnes. De plus, la stratégie d’occupation de l’espace de droite désoriente ses troupes initiales. En France on peut gouverner seul… les institutions sont même prévues pour ça… mais on ne gagne pas la présidentielle seul ! Ce vote d’émancipation de LREM devrait sonner comme une alerte pour le candidat Macron de 2022. 

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