Jean-Marie Le Pen est reçu cet après-midi par la commission Balladur sur la modernisation des institutions. Le président du Front national est-il devenu un visiteur comme un autre ? Visiteur banal et banalisé, reçu entre François Bayrou pour le Modem et Marie-Georges Buffet pour le parti communiste, juste après le président du conseil économique et social, et avant le premier président de la cour de cassation. Une huile quoi ! Ah il est loin le temps où Jean-Marie Le Pen était le pestiféré de la République, celui à qui on évitait de serrer la main. Et si on le faisait, on ne craignait qu'une chose, qu'il y en eût une photo, celui qui ne franchissait pas la porte des palais de la république, celui avec qui la plus petite alliance vous valait les horions de vos adversaires et souvent une marque d'infâmie dans votre propre camp. Jean-Marie Le Pen est devenu respectable, "écoutable". La preuve, il va cet après-midi livrer ces réflexions sur la meilleure façon de moderniser les institutions françaises. Fréquentable, il a été reçu le 20 juin dernier à l'Elysée. Quel paradoxe... Puissant politiquement et électoralement, porteur de toutes les souffrances, rancunes et blessures des Français, Le Pen était tenu à l'écart de la vie démocratique. Faisant d'ailleurs son miel et sa force de cette mise au ban forcée. Affaibli, quasi ruiné depuis les dernières législatives, sans successeur naturel et donc peut être sans héritier, Le Pen est traité avec tous les égards. Reste que cette "respectabilisation" sur le tard n'arrange pas forcément les affaires de Jean-Marie Le Pen. Depuis le 6 mai dernier, il ne sait pas comment gérer son rapport à Nicolas Sarkozy. Ronronnant de plaisir quand il est reçu à l'Elysée, il ne cache pas cet été toute l'admiration qu'il voue au nouveau président. Il traitait pendant la campagne le candidat UMP "d'illusionniste", "de chef de la racaille politicienne". Il estime en août que l'action du président est "mûrement réfléchie, pesée, et jusqu'ici assez bien réalisée il faut le dire". Trouble chez les cadres et les élus du FN déjà un peu sonnés. Mais qu'arrive-t-il au vieux Lion, se demandent-ils ? Jean-Marie Le Pen se reprend. Pour sa conférence de rentrée la semaine dernière, il renoue avec son verbe protestataire et catégorique : Sarkozy ne tient pas ses promesses, c'est une nouvelle trahison. On retrouve Le Pen dans le texte. Mais même lui, est-ce la fatigue, l'âge, l'expérience ou une réelle fascination pour le vainqueur, même lui a perdu de sa "gniaque". Son entourage le presse de reprendre main, de clarifier l'identité politique du FN, de le droitiser plus encore pour faire revenir les électeurs. Lui, ne croit pas à cette stratégie d'extrêmisation de son parti. Convaincu de toute façon, que les déçus du sarkozysme reviendront automatiquement vers lui, comme l'inéluctable mouvement du balancier. A 79 ans, Jean-Marie Le Pen veut croire qu'il a encore le temps, qu'il assistera au désenchantement sarkozyste, et qu'à défaut, et bien c'est que le nouveau président aura réalisé des promesses auxquelles il ne trouve rien à redire. Jean-Marie Le Pen est sûr aujourd'hui d'être quoi qu'il arrive, le gagnant du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

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