Le leader du Front National l'a annoncé dans une entretien publié hier dans l'hebdomadaire "Valeurs actuelles". Jean-Marie Le Pen représentait-il une exception française ? Oui et non... Oui parce qu'aucun leader d'extrême droite n'a eu autant de succès aussi longtemps en Europe ces dernières années. Mais non parce que nos voisins ont tous connu une poussée d'extrême droite. En réalité, l'extrême droite, la droite réactionnaire européenne, était simplement intégrée aux droites classiques. Les ailes conservatrices de la csu/cdu en Allemagne, la droite du parti populaire espagnol et bien sûr la droite du parti républicain, n'ont rien à envier en matière d'extrémisme et même parfois de racisme à Jean-Marie Le Pen. La seule différence c'est que l'UDF et le RPR de l'époque ont, toujours à quelques exceptions vite condamnées par les électeurs, maintenu une distance hermétique entre eux et le FN. Le gaullisme et le centre droit ne pouvait pas intégrer un néo pétainisme par Jean-Marie Le Pen. Au-delà de l’âge du capitaine, qu’est-ce qui explique la désaffection que subit le FN ? Jean-Marie Le Pen, qui est né politiquement en 1956, est en réalité politiquement mort. Non pas hier matin, par son retrait annoncé, mais en 2002. A cette date, il réussit un exploit en accédant au second tour de l'élection présidentielle. Mais justement, ce second tour marque sa limite ultime. Il ne progresse pas et la droite plus la gauche réunie totalisent 82%. Ce score dit simplement que la France ne veut pas de Jean-Marie Le Pen. On a donc la confirmation de ce que l'on pressentait : le vote FN est un coup de gueule dans les urnes, pas le choix d'un projet. 5 ans plus tard, tous les observateurs attribuent la bérézina électorale de Jean-Marie Le Pen à la stratégie de Nicolas Sarkozy. En s'emparant des thèmes de la sécurité et de la valeur travail, le futur président aurait siphonné les voix du FN. Mais, à y regarder de plus près, cette version des faits peut être complètement renversée. Et si c'était parce que Jean-Marie Le Pen n'était plus en phase avec les inquiétudes des Français que Nicolas Sarkozy à hérité naturellement d'une partie de ses voix ? A l'UMP, on préfère bien sûr la première explication car on a intégré l'une des maximes de base de la politique : « quand vous ne maîtrisez pas les événements, feignez de les avoir organisés. » Donc, à partir de 2002, Jean-Marie Le Pen ne sert plus de réceptacle aux peurs et inquiétudes des Français. Désormais, les études d'opinions le montre, l'angoisse sociale se nourrit surtout des effets de la mondialisation, c'est-à-dire des délocalisations industrielles. Dans les années 90, Jean-Marie Le Pen avait réussi à faire croire que les étrangers viendraient nous prendre notre travail et nos allocations. Il alimentait donc une peur de l'invasion. Aujourd’hui, malgré la persistance de la pression migratoire, la partie de la population fragilisée par la situation économique n'incrimine pas l'étranger qui vient chez nous mais le patron qui fait partir les emplois de chez nous. La dislocation de notre système sociale est donc due à une fuite plutôt qu'à une invasion. La peur sociale change de camp. Exit Jean-Marie Le Pen xénophobe et voilà Olivier Besancenot l’anti capitaliste ! Quel parallèle entre Jean-Marie Le Pen et Olivier Besancenot ? Ils ne se nourrissent et n'alimentent pas les même peurs. Déjà, l'un est raciste, l'autre pas, c'est vrai mais ça n'empêche pas de faire un parallèle, d'observer une symétrie - ça ne veut pas dire qu'idéologiquement on les met sur le même plan et la symétrie, elle, est presque mécanique. En plus d'être chacun en adéquation avec les angoisses du moment d'une partie de l'opinion, ils sont, tous les deux, bénéficiaires du contexte politique de leur époque : La gauche était au pouvoir, elle suscitait une exaspération dans la partie la plus à droite de la droite, et un homme un tant soit peu charismatique et populiste a su fédérer ces aigreurs. Le balancier de la politique a fait son œuvre, la droite modérée est au pouvoir, l'exaspération est à gauche. Olivier Besancenot occupe un terrain laissé en friche par un PS polyphonique et désordonné : l'un admirait le vendéen Georges Cadoudal, l'autre préfère Louise Michel. L'un avait des amis anciens collabos, l'autre déjeune avec des anciens d'Action Directe. L'un sait manier l'imparfait du subjonctif et la transgression, l'autre connaît les mots de la banlieue et la subversion.

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