Retour sur les déclarations chocs faites par Robert Bourgi et publiées hier dans le « Journal du dimanche ».

Oui, Robert Bourgi est l’homme d’affaires qui personnifie à merveille la Françafrique. Cette forme de diplomatie parallèle faite de relations troubles entre industriels, responsables politiques français et certains chefs d’Etats africains. Robert Bourgi, héritier des réseaux Foccart du nom de ce conseiller du général de Gaulle, responsable sulfureux de la cellule Afrique qui fleurait bon la barbouzerie des années 60. Bourgi, lui n’a pas de fonction officielle mais on lui confie (jusqu’il y a peu du moins) des missions officieuses. Il se vante d’être ami avec bien des chefs d’Etats africains. Dans les milieux qui connaissent bien l’Afrique d’aujourd’hui, on dit qu’il se survend largement. Toujours est-t’il qu’Omar Bongo l’appelait « fiston » et lui appelait Omar Bongo « papa ». Hier donc, Robert Bourgi avouait avoir trimballé des valises de billets entre l’Afrique et l’Elysée du temps de Jacques Chirac. Dominique de Villepin, dit-il, réceptionnait ces magots destinés, semble-t-il, à financer les campagnes électorales de la majorité. Les révélations de Bourgi, si elles ne constituent pas une surprise, sont d’une précision diabolique. Dominique de Villepin porte plainte et parle de manipulation de la part du clan sarkozyste.

S’agit-il d’un règlement de compte à droite ?

Avec l’affaire de Karachi il y a des soupçons sur le financement de la campagne d’Edouard Balladur en 95. Du coup, les chiraquiens disent que les sarkozystes se vengeraient en faisant porter le soupçon sur la campagne de 2002 de Jacques Chirac. Ça parait peu crédible… Ce serait comme de lancer une grenade contre quelqu’un qui est dans la même pièce ! Robert Bourgi dit qu’il a raconté toutes ces histoires à Nicolas Sarkozy en 2007. On pourrait donc reprocher au Président de n’avoir pas actionné la justice alors qu’il avait eu connaissance de faits si graves ! Et puis comment expliquer que le Président ait continué à avoir des relations avec un homme qui avoue avoir passé sa vie dans le transport de fonds clandestins ! Il faut rappeler qu’en 2006, le candidat Sarkozy se prononçait violemment contre la Françafrique dans un très beau discours prononcé à Cotonou. Pourtant en début de mandat, Nicolas Sarkozy décore lui-même, à l’Elysée, Robert Bourgi. Le Président prononce alors des paroles élogieuses concernant l’action de Bourgi. Jean Marie Bockel, éphémère ministre de la coopération avait fait timidement mine de vouloir s’attaquer à la Françafrique après avoir avalé quelques kilomètres de boa constrictor, eh bien il fut démis de ses fonctions. C’est Omar Bongo lui-même qui avait demandé sa tête… Et c’est Bourgi qui avait transmis le message. Rappelons aussi que le premier voyage à l’étranger du candidat Sarkozy anti-Françafrique, devenu Président, fut pour aller rendre visite au dictateur, prévaricateur Bongo. Rappelons aussi que tous les biens mal-acquis par plusieurs potentats africains amis de la France et entassés dans notre pays sont toujours bien protégés, que Bourgi y veille personnellement, et que l’exécutif fait tout ce qu’il peut pour freiner l’action des ONG qui luttent contre ce type de corruption. Alors soit, ce que raconte Bourgi dans le JDD est faux (comme l’affirme en cœur les chiraquiens), soit ce qu’il raconte est vrai. Mais dans les deux cas, peu glorieux et même proprement scandaleux, on se demande ce que fait ce mystificateur nauséabond dans l’entourage de Nicolas Sarkozy et en quoi cet homme, menteur ou complice de malversation, méritait-il d’être décoré et félicité officiellement par le Président de la République ?

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