Et voilà donc le débat ouvrant le mariage et l’adoption aux couples du même sexe. C’est un sujet qui tombe à point ?

Oui c’est le sujet de société majeur qui devait venir au devant de la scène cet automne. Ce débat vient plus tôt que prévu. Il démarre après l’interview accordée à La Croix d’hier par la ministre de la justice. C’est un débat de fond qui touche à la vie quotidienne de millions de Français, qui touche aussi à l’organisation de la société… un débat qui fait appel à la conscience de chacun, donc qui est censé se placer, comme on dit, généralement avec un air grave et une mine concernée, « au-delà des clivages partisans ». Mais, en réalité reconnaissons aussi, avec notre petit esprit politicien, que c’est un débat parfait pour la majorité. Il n’est, en fait pas du tout transpartisan. C’est un débat tout ce qu’il y a de plus « droite-gauche » (avec quelques dissonances à droite). Le mariage homosexuel est devenu (ce ne fut pas toujours le cas, loin de là) un bon sujet de société fédérateur pour la gauche. Aujourd’hui, il tombe bien. La ficelle est classique. Dans le même ordre d’idée (le dérivatif) on avait eu le débat sur l’identité nationale en 2010 pour faire dévier de la question économique et sociale qui ne tenait pas ses promesses. Ça avait plutôt raté parce que ce débat ne s’appuyait sur aucune revendication concrète. C’était une construction purement cynique. Et finalement, au lieu de ressouder la droite sur un bon vieux thème d’autorité, ce sont les modérés de la majorité d’alors qui ont pris leurs distances, avec le président de la République. N’est pas François Mitterrand qui veut. Le « must » en matière, non pas de construction cette fois mais, disons, d’utilisation opportune et maximale d’une vraie question, aura été le débat antiraciste des années 83/90 qui a largement occupé la chronique politique. Ce fut le dernier mais efficace ciment d’une gauche qui (depuis fin 83, donc) était obligée de faire, sur le plan économique et social, à peu près le contraire de ce pourquoi elle avait été élue deux ans plus tôt.

L’antiracisme était quand même une aspiration réelle pour la jeunesse à ce moment-là…

Oui, c’est vrai, la jeunesse était troublée par la monté d’un FN haineux et par les problèmes d’intégration de ceux que l’on appelait alors la « deuxième génération ». Mais l’organisation matérielle et politique de ce mouvement (SOS racisme) s’est vraiment faite discrètement à l’Elysée et avec l’appui d’une armée de communicants au service du président Mitterrand. L’un de ses produits, Harlem Désir, s’apprête d’ailleurs à prendre la tête du PS. Alors sans sombrer dans le conspirationnisme de l’agenda, on peut déjà affirmer que le sujet de l’égalité des droits pour tous les couples est le nouveau ciment qui tient ensemble toutes les gauches, de la plus extrême à la plus modérée. Le libéralisme sociétal se marie parfaitement avec la radicalité progressiste. Au-delà donc de l’entourloupe du calendrier, engouffrons-nous quand même dans le sujet. Tout n’est pas que calcul politique et derrière ce débat il y a d’abord des situations humaines, des souffrances, des inégalités et des espoirs. Tombons dans le piège en klaxonnant, après tout, c’est sans doute le meilleur moyen de démontrer qu’il y en a un ! On passera du statut « d’idiot utile » de la communication politique à celui de « malin utile »… (je ne sais pas quel est le plus glorieux !). Mais après la tactique, le fond et les termes du débat… ce sera ma chronique de demain.

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