Ce matin, vous évoquez l’impopularité de la réforme des retraites proposée par le gouvernement.

Oui, cette chronique pointe souvent les différences entre ce que les responsables politiques disent et ce qu’ils font … Et bien, ce matin, ce n’est pas la cohérence des politiques qui est en cause mais celle de l’opinion… de la population. Un sondage très instructif d’Harris Interactive, nous apprend qu’une majorité de Français soutenait la journée d’action contre la réforme des retraites, une majorité de Français refuse l’allongement de la durée de cotisation et l’augmentation des cotisations. Alors, rassurez-vous, ce n’est pas parce que l’opinion est opposée à la réforme qu’elle serait incohérente… Non, le problème c’est que lorsque Harris Interactive pose la question de la confiance que ces mêmes Français placent dans les responsables politiques pour réformer les retraites…. Quel parti arrive bon dernier ? Qui est considéré comme le moins à même de trouver une solution aux problèmes des retraites ? Le Front de Gauche. C'est-à-dire le seul mouvement politique qui a à peu près –sur le sujet- le même jugement que l’opinion, au moins sur ce qu’il ne faut pas faire. Seuls 18% des Français pensent que Pierre Laurent ou Jean-Luc Mélenchon ont les bonnes idées sur la question. Les Français sont contre ce qui se fait… mais ils sont encore plus opposés à ceux qui –parmi les politiques- ont la même opinion qu’eux de la réforme ! Ils sont donc plus incohérents encore que les hommes politiques… On pourrait paraphraser Bertolt Brecht : « puisque le peuple est incohérent, il faut dissoudre le peuple ».

Mais le peuple n’a pas –comme les politiques- une obligation de cohérence !

C’est vrai, puisqu’il est composé d’une mosaïque de situations individuelles et que l’on sait que les cohérences ne s’additionnent pas. Seulement voilà, en démocratie, le peuple, même incohérent, a toujours raison. Les politiques doivent se débrouiller avec ce nœud. En réalité, il apparaît, dans l’enquête, que les Français ne croient pas en la pérennité de la réforme. Réalisme, fatalisme ou défaitisme, une grande partie d’entre eux, 41% (et c’est un chiffre inédit) se dit même favorable à un système de retraite par capitalisation. Jean-Daniel Lévy, de Harris Interactive, évoque d’autres enquêtes qualitatives, celles là. Il en ressort que la retraite est perçue, très majoritairement, comme l’âge d’or, la seule vraie période de liberté, le temps de la réappropriation de son quotidien, la vraie vie ! Du coup les Français sont attachés à l’âge légal du départ à la retraite plus qu’à la durée de cotisation. C'est-à-dire que bien des Français préfèrent l’idée de partir tôt, quitte à ne pas avoir une retraite à taux plein. C’est une tendance en augmentation (dans les faits) malgré les problèmes de pouvoir d’achat. Ces enquêtes en disent long, en creux, sur la perception que les Français ont du travail, de moins en moins vécu comme une source d’épanouissement et de réalisation de soi-même. « Travailler plus pour gagner plus » est moins pertinent que « travailler moins (quitte à gagner moins) pour vivre mieux ». Ce slogan est majoritairement et individuellement celui des Français… mais culturellement et collectivement, il ne l’est pas encore. C’est étrange, d’ailleurs, comme il paraît anachronique, très fin de XXème siècle (ministère du temps libre, 35 heures)… à moins qu’il soit au contraire futuriste, adapté aux années de croissance plate qui sont devant nous !

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