On revient sur la polémique à propos du manque de préparation du gouvernement avant le passage d’Irma à Saint Martin et Saint Barthélémy.

Il faut distinguer parmi les critiques. Il y a d’abord Éric Ciotti qui, très rapidement, comme d’ailleurs après chaque catastrophe ou attentat, dégaine les arguments sécuritaires et trouve, par nature, par principe, par construction, que l’Etat, si ce n’est pas lui ou le siens qui en sont aux commandes, est faible et laxiste. Cette précipitation lui a fait dire quelques bêtises comme affirmer que l’ouragan était d’abord passé par la Floride. C’est là que l’on comprend que l’opposition « sécuritariste » de l’élu des Alpes Maritimes a tout du réflexe pavlovien ou du coucou mécanique qui sort sans réfléchir, avec le même son, à chaque catastrophe ou attentat. Le ton de l’opposition de Jean-Luc Mélenchon était tout autre. Aucune agressivité, pas la moindre de ces marques d’acrimonie habituelle. Quand la situation est grave, le chef de la France Insoumise sait ne pas en rajouter. Il a fait des propositions pour que soit étudié des systèmes de veille pérenne et que les leçons de cet événement dramatique soient tirées, laissant entendre (et ça se justifie) que tout n’a pas été parfait dans la prévention de la catastrophe. On comprenait bien en creux qu’il trouvait que le gouvernement avait sans doute été léger mais il prenait soin de ne pas apparaître comme un dynamiteur par principe. Enfin, sans fioritures, Marine le Pen a décrit une situation apocalyptique et sauvage pour souligner combien le gouvernement (celui-là et tous les précédents) était en dessous de tout. Comme Eric Ciotti mais avec un sens de l’exagération sans limite, la patronne du Front National accusait, dès samedi, sans rien connaitre de la situation, comme si, pour regagner son statut perdu d’opposante en chef, l’important était d’être la plus vindicative et surtout la plus rapide !

Tous ont réclamé une commission d’enquête parlementaire…

Et ça, pour le coup voilà une demande parfaitement justifiée. Il parait, aujourd’hui, assez difficile de déterminer si tôt si le gouvernement a pris les bonnes décisions, au bon moment et proportionnées pour faire face à cette catastrophe inédite. Le débat public va s’emparer du sujet… des reportages, des enquêtes journalistiques seront menées mais une véritable évaluation parlementaire s’impose, au-delà de tous les rapports que chaque administration concernée ne manquera pas de produire dans le cadre de ce que l’on appelle le « retour d’expérience ». Une démocratie vivante, c’est aussi quand le pouvoir législatif exerce son rôle de contrôle de l’exécutif. Un rôle trop souvent négligé en France. Réclamer une commission parlementaire ne devrait pas être utilisée par l’opposition comme une arme de suspicion massive et par le gouvernement comme un signe de défiance, mais comme la marche normale d’une démocratie adulte. Il est d’ailleurs significatif du déséquilibre des pouvoirs en France que de demander à l’exécutif s’il accepte une commission d’enquête parlementaire ! C’est à la majorité à l’Assemblée d’en décider. Mais nos institutions sont ainsi faites, ainsi pratiquées depuis qu’elles existent : on sait que la majorité ne proposera cette enquête que si le président le veut bien… Il se trouve, en l’occurrence, qu’il le veut bien ! Notre monarque est trop bon…

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