Tentative de définition du macronisme : 127ème épisode… environ…

Avec aujourd’hui une aide précieuse. Celle du 1er ministre qui a tenté, hier, une définition devant les députés de la majorité ! La voici : «le macronisme, c’est le projet d’une France de l’émancipation et des solidarités réelles, d’une France puissante dans une Europe forte». Bon, personne n’est pour une France impuissante dans une Europe faible. Ce qui est intéressant ici sont les mots : «société d’épanouissement et de solidarité réelle». Ce qui nous ramène au macronisme de 2017. L’idée c’est bien que notre modèle s’est grippé, ne protège plus les plus faibles, que les statuts divers et variés s’avèrent extrêmement inégalitaires. Il faudrait passer d’un surcroît de droits formels inefficaces et autobloquants à de nouveaux droits réels, individualisés, pour permettre plus d’autonomie et de nouvelles solidarités. Briser les carcans, en finir avec les «assignations à résidence» - des quartiers difficiles par  exemple, réformer en profondeur la formation, instaurer une assurance chômage universelle. Les notaires, les pharmaciens, toutes les professions protégées allaient être plus accessibles à ceux qui n’ont pas de moyens au départ mais qui sont méritants. On ferrait sauter les verrous avec de l’ingénierie sociale innovante. Un choc de pouvoir d’achat devait aussi accompagner le mouvement… On parlait de nouveau girondisme, d’horizontalité, de confiance dans les acteurs de terrain… le tout dessinait un projet de société ouverte et redynamisée. Projet qui avait l’avantage, dans un moment où la France se sentait bloquée et sans boussole, de redonner du contenu au rêve républicain. A gauche on y voyait surtout un projet libéral, à droite, un projet déraciné et sans âme. Mais nous n’en sommes plus là et si l’objectif est rappelé par le 1er ministre, les choix politiques n’ont pas l’air raccord…

  • C’est-à-dire ?  

 La verticalité du pouvoir constatée est en contradiction avec la confiance en la société. En fait d’ouverture, on refuse l’Aquarius, aucune des professions protégées n’est vraiment mise en cause. Le plan formation n’est pas encore au rendez-vous, le désenclavement des banlieues n’est pas financé, en dehors du dédoublement des classes dans certains quartiers, on cherche encore les mesures d’égalité réelle. L’héritage est toujours le meilleur agent de la reproduction sociale… ce qui n’est ni libéral, ni social ! Aujourd’hui, ce n’est pas un hasard si le 1er ministre, issu du centre-droit, est le plus à l’aise pour s’approprier les mots du macronisme. Emmanuel Macron, lui, utilise maintenant le terme de «progressisme» sans que l’on sache vraiment de quoi il est composé, surtout après le départ de Nicolas Hulot. Et à défaut de pouvoir le définir, ce sont les autres qui le font : président des riches pour la gauche, président hors sol pour la droite, immigrationiste cosmopolite pour Orban et Salvini… Plus qu’aucun autre projet politique (puisqu’il est nouveau et pour qu’il ne soit plus simplement celui d’un seul homme), il faudrait qu’au moins, en attendant les résultats, les actes et les mots du macronisme soient raccords… Visiblement, au vu de sa popularité actuelle, nous n’y sommes pas encore.

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