Les tribulations du pape autour de l’affaire de la réintégration dans l’église de quatre évêques intégristes, le projet d’excommunication d’une fillette qui s’était fait avortée après avoir été violée par son beau père et enfin les déclarations du pape sur le préservatif en Afrique… cette série d’affaires a troublé la grande majorité des chrétiens. Dans le Journal du Dimanche de cette semaine le journaliste, spécialiste des questions religieuses, Henri Tincq distingue sept familles de catholiques : il déploie un spectre qui va des intégristes, regroupant ceux qui n’ont jamais vraiment acceptés les réformes de Vatican II, aux héritiers des théoriciens de la libération qui ont intégré des mouvements contestataires. Entre ces deux familles, quatre groupes plus ou moins tournés vers le tout spirituel ou le tout militant. Et enfin, la plus grande famille, celle des catholiques moyens, peut-on dire. Ceux qui croient, qui espèrent, vont à la messe plus ou moins régulièrement, vivent une foi personnelle qui n’implique pas une démarche militante ou prosélyte. Cette famille aurait sans doute réagi comme l’a fait Alain Juppé, interrogé récemment sur l’action de Benoit XVI. Alain Juppé, qui s’exprimait alors, on l’imagine, comme simple chrétien et non comme maire de Bordeaux ou comme personnalité politique, a dit : « ce pape commence à poser un problème ». Ce n’est pas une critique théologique, ni même politique. Il y a comme un constat, très largement partagé, que le pape a quelque chose d’inadapté au monde d’aujourd’hui. Certes la religion n’est pas forcement faite pour s’adapter, elle est censée rappeler des principes permanents ! Mais les principes, voire les dogmes, ne peuvent pas se traduire, dans les faits, de la même façon suivant les époques. Prenons le dogme de la chasteté avant le mariage (puisque le problème du préservatif vient de là) ! Ce dogme a été formulé dans un monde de domination masculine, dans un monde statique où l’on ne bougeait pas de son village et l’ou se mariait entre 15 et 20 ans ! Ce dogme est aujourd’hui inapplicable et inappliqué. Pourtant il est maintenu. Mais les enfants de la quasi-totalité des catholiques de la famille centrale (pour reprendre la classification d’Henri Tincq) ne se marient pas à 15 ans, ne vivent pas dans un village médiéval et ne se déplacent pas à cheval. Ils se marient (ou pas) entre 25 et 35 ans, sont parfois homosexuels et ont, bien sûr des relations sexuelles, selon les dernières enquêtes. Et même -si l’on considère qu’ils ont les mêmes façons de vivre que l’ensemble de la société française- des relations sexuelles à partir de 16/17 ans. Ce décalage entre le dogme affirmé d’en haut et la réalité vécue suscite la critique et la moquerie. Les catholiques le vivent mal et souvent on entend dire que les commentateurs ne sont jamais aussi virulents face aux musulmans et aux juifs… J’ai reçu beaucoup de mails en ce sens à propos d’un édito que j’avais fait à l’occasion du voyage du pape en Afrique. Il se trouve que lorsque des responsables religieux juifs ou musulmans prennent des positions qui peuvent prêter à controverse (et cela arrive très souvent), ils ne représentent qu’eux, leur groupe de fidèles mais pas leur religion. Seuls les catholiques ont un chef suprême et une organisation pyramidale. Lorsque le chef de cette église parle, c’est la voix des catholiques qui s’exprime. Lorsqu’un chef taliban prend position pour la lapidation des femmes adultères, quand un rabbin intégriste fait effacer les femmes de la photo officielle du gouvernement israélien, personne ne peut décemment dire que c’est l’islam et le judaïsme qui s’exprime en tant que tel. On critiquera ce chef taliban et ce rabbin mais pas leur religion. En critiquant le pape, on s’en prend au chef d’une religion qu’il est censé incarner… Voilà la différence et le problème d’ailleurs !

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