Dans votre édito ce matin : la réforme des retraites, vue du côté politique.Oui cette réforme, tout le monde le dit, nécessitera du courage politique. Quand on parle de « courage en politique » c’est généralement pour préparer à des réformes impopulaires. On fait la réforme parce que l’on pense à la France avant de penser à sa propre popularité. On est « politiquement courageux ». Le président explique que les partenaires sociaux seront largement consultés et qu’en septembre l’exécutif prendra ses responsabilités et fera voter la réforme nécessaire, en dépit (je mets des guillemets) des « conservatismes ». Et tant pis s’il faut affronter un grand mouvement social. Le boulot sera fait. Nicolas Sarkozy pourra aborder l’année 2011 et surtout l’année 2012 avec l’image de celui qui aura réformé les retraites, qui aura abouti là ou personne n’avait osé s’engager. L’âge légal de la retraite aura été reculé, disons de deux ans, une bonne partie de la question du financement paraitra réglée. Les socialistes se seront accrochés aux 60 ans dans une posture que l’UMP aura eu beau jeu de qualifier de conservatrice. Le président aura gagné ses galons de réformateur courageux, contre vents, marées et flots de manifestants. C’est d’un classique achevé. Une bonne confrontation, à l’ancienne avec une répartition des rôles bien pratiques, comme au bon vieux temps où le gaullisme réformateur faisait son affaire d’une CGT protestataire et si prévisible. En terme trivial le président se sera « refait la cerise » à droite, son leadership sur son camp ne sera plus contesté. Il aura gagné un combat. « Fastoche » !Oui, c’est beaucoup plus facile de gagner une confrontation politique que de réussir une vraie négociation, une vraie réforme concertée. Fastoche sauf qu’avec les retraites, le concept classique du « courage » politique pourrait s’avérer être un faux ami. Les retraites ont besoin d’être réformées pour être financées mais aussi pour être plus justes. Elles ont donc besoin d’être réformées au terme d’un long processus avec comme objectif l’obtention d’un consensus. Mais ça ce n’est pas très rentable politiquement. Pas à court terme tout du moins. La Suède (vos invités d’hier Nicolas, l’ont bien expliqué) la Suède a mis 14 ans pour mettre au point son nouveau système de retraite à la fois efficace et juste. Se contenter de repousser l’âge de la retraite, même avec une allocation spécifique accroitrait les inégalités sans régler pour le long terme la question du financement et de la pénibilité. Le vrai courage politique serait justement de suivre le conseil de Boileau, puisque nous sommes pressés « hâtons nous lentement ». Il ne faudrait pas demander à l’exécutif de réformer notre système de retraite mais de mettre en place la méthode de négociation, le calendrier, le cadre qui pourrait s’étaler sur plusieurs années et inclure la prochaine présidentielle. La retraite et la fiscalité comme thème principal de la campagne de 2012, voila qui paraitrait logique. Le problème c’est qu’ayant été obligé de revenir sur un grand nombre de réformes étiquetées sarkozystes, ayant échoué, pour des raisons diverses, à appliquer le « travailler plus pour gagner plus », le président est dans une logique particulière. Il ne peut plus annoncer des réformes en rafale, les parlementaires lessivés ont l’impression de légiférer de travers, trop vite et finalement sans effet. Le président -nous dit on- veut maintenant réduire le nombre des chantiers et se consacrer prioritairement aux retraites pour aboutir à l’automne prochain. Son agenda politique est donc en contradiction avec la nécessaire lenteur, la patience et la méticulosité qu’il conviendrait d’appliquer à la réforme des retraites. Pourtant, elle serait là la vraie rupture promise : dire, « ça prendra le temps qu’il faut mais je veux le consensus ». Le président n’en profiterait pas forcement politiquement. Ne pas être sur d’en profiter politiquement : c’est ça le vrai courage politique.

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