Vous vous souvenez de sa conférence de presse du 22 janvier 2007 ? C’était au Palais de la découverte. Son discours avait duré une éternité, pour annoncer au final qu’il ne se présenterait pas. Tout à l’heure, à Sevran, en Seine-Saint-Denis, Nicolas Hulot fera exactement l’inverse. Ce sera bref. Il débutera sa conférence par l’annonce que cette fois-ci, il va y aller. Il sera candidat. Sa garde rapprochée affirme même que "oui, il disputera les primaires d’Europe-Ecologie-Les Verts au mois de juin". Le grand jeu. La totale. Le contexte a changé. En 2007, l’animateur de TF1 disait faire confiance aux candidats qui s’étaient engagés vis-à-vis de son Pacte écologique. Il y a eu depuis le Grenelle de Nicolas Sarkozy et ses renoncements, la fable du tout nucléaire, la mort de la taxe carbone. L’auteur du "Syndrome du Titanic", converti au social, a choisi Sevran pour faire son annonce, une ville sinistrée de banlieue. Nous sommes déjà dans la com' politique, cela ressemble à un début de campagne. « Nicolas est aujourd’hui libéré, il a fait son choix, il va faire exploser les lignes », prévient son ami, le député européen Jean-Paul Besset, un apôtre de la décroissance de l'empreinte écologique et du partage des ressources. Le problème est que la politique, ce n’est pas du kitesurf. C’est moins drôle et encore plus casse-gueule. L'aventurier des émissions télé à succès est peut-être un peu trop sensible, à fleur de peau, il n’aime pas la critique, la polémique, il déteste prendre des coups, il va falloir qu’il se blinde, ce sera le plus dur pour lui. Son premier obstacle s’appelle EELV, acronyme barbare qui désigne Europe-Ecologie-Les Verts, une usine à gaz à effet de serre, hyper politisée, où il y a presque autant de courants que de membres. Certains tentent déjà de lui savonner la planche. Il va lui falloir faire du tri sélectif dans sa nouvelle famille. Il peut remporter les primaires ?Logiquement oui, il part favori. Mais il veut appeler à une plus large ouverture, ce qui passe mal. D'où la rumeur qu'il pourrait se lancer hors primaires. Ses rivaux pointent déjà son amitié avec Jacques Chirac, son ancrage supposé à droite ou ses partenariats avec EDF pour ses émissions. "Ça, c'est du passé", explique son entourage, et puis après tout, on a le droit de changer. De plus, Nicolas Hulot a confié à un proche qu'il ne votera pas UMP au deuxième tour l'an prochain. Et la candidate officielle Eva Joly s'inquiète...Depuis que la candidature Hulot est devenue évidente, Eva Joly a disparu des écrans radars et des sondages. "Si Nicolas la bat aux primaires, il aura gagné ses galons de politique", reconnait un soutien de la magistrate, visiblement prêt à se rallier, comme quoi les Verts ont eux aussi une forte capacité de recyclage. Cécile Duflot et les siens pourront difficilement lutter. "Vous verrez", prédit Jean-Paul Besset, "Cohn-Bendit a été l’homme clef des Européennes, Hulot sera celui de la présidentielle". Si Jean-Louis Borloo ose franchir le pas à son tour en déclenchant le feu nucléaire à droite, la bataille de 2012 prendra un tour inédit, en projetant l’écologie sur le devant de la scène, sur fond de catastrophe de Fukushima. Nicolas Hulot va se lancer dans une nouvelle aventure, sans doute la plus physique et la plus périlleuse de toutes celles qu’il aura connues.

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