Dimanche, démonstrations de force à Paris… François Hollande fait un grand meeting sur l’esplanade du château de Vincennes et du coup, Nicolas Sarkozy en organise un, place de la Concorde.

Auquel il faut ajouter, demain, le grand meeting de Marseille organisé par la star des tribunes de cette campagne, Jean-Luc Mélenchon. Mais ce que l’on scrutera surtout, c’est l’affluence de dimanche aux réunions de Nicolas Sarkozy et François Hollande. On les commentera et pourtant (ce n’est pas ça qui nous arrête !) ça n’a aucun n’intérêt parce que s’agissant de l’UMP et du PS, les deux grands partis, il n’y a pas de doute : ils sont capables, par leurs structures propres, de rassembler des dizaines de milliers de sympathisants. Ils ont des moyens, ils ont réservé des bus et des TGV… Et la foule dans un meeting n’est pas forcément en rapport avec l’audience électorale. Si c’était le cas, Jean-Luc Mélenchon aurait, aujourd’hui, le plus de chance d’être élu président de la République et Marine Le Pen serait parmi les petits candidats. Donc il y aura du monde dimanche! Et il y aura une bataille de chiffres, et à moins d’une disproportion flagrante entre les affluences des deux rassemblements, les grands médias diront qu’il y a égalité… Mais Nicolas Sarkozy veut créer un choc d’image ! L’effet recherché par le Président est de –dit-il- faire venir à la Concorde, la « majorité silencieuse ». Il faut s’arrêter une minute sur ce terme. Dans l’esprit des gaullistes, ou des néo-gaullistes s’agissant de l’UMP, « la majorité silencieuse » est une référence explicite à la manifestation massive du 30 mai 68 en faveur du Général de Gaulle en réponse à la contestation. Démonstration de force qui précède le raz-de-marée gaulliste aux législatives de juin. Face aux contestataires bruyants et germanopratins, donc forcément minoritaires, le pouvoir de l’époque avait convoqué le « peuple » place de la Concorde. Le souvenir du 30 mai 68 reste l’exemple le plus abouti d’un rétablissement politique inattendu et massif. Retournement aussi impressionnant qu’éphémère puisqu’un an plus tard, le Général de Gaulle quittera le pouvoir après avoir été désavoué lors d’un referendum (c’était l’époque où quand on perdait un referendum, on démissionnait).

Quelle population recouvre donc cette majorité silencieuse ?

Ce sont les travailleurs indépendants, les commerçants, les artisans, les employés des PME, les agriculteurs, les retraités… bref, une masse peu syndiquée mais laborieuse. « La France qui se lève tôt, celle qui ne brûle pas des voitures, celle qui est du côté des victimes, pas des délinquants » pour reprendre la terminologie sarkozyenne de 2007. Cette foule, Nicolas Sarkozy dit parler pour elle, un peu comme Jean-Marie Le Pen qui prétendait dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas dans les années 80. Le concept de « majorité silencieuse » est très pratique : une majorité silencieuse, c’est majoritaire et ça ne dit rien… et comme ça ne dit rien, celui qui l’invoque parle à sa place. Le 19 juin 2010 Dominique de Villepin (vous vous souvenez de Dominique de Villepin ?) … Eh bien il lançait son mouvement « République solidaire » en affirmant qu’il représentait la « majorité silencieuse ». Elle fut tellement silencieuse qu’elle n’a jamais rien dit et qu’à la fin Dominique de Villepin n’a pas pu se présenter à l’élection présidentielle. Dans le contexte d’aujourd’hui, en appeler à la majorité silencieuse, alors qu’il y a dix candidats, de toute nature et qui permettent au plus grand nombre de se trouver un porte-voix, ça ressemble quand même à un dernier argument un peu désespéré.

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