Comment l’Eglise s’adapte au confinement ? Ou comment le spirituel et le temporel cohabitent en cet étrange lundi de Pâques.

Le Pape François au Vatican, ce 11 avril 2020, durant les fêtes de Pâques
Le Pape François au Vatican, ce 11 avril 2020, durant les fêtes de Pâques © Getty / Vatican Pool - Corbis

Car avril, c’est par excellence le mois des fêtes religieuses, pour les Catholiques, les Juifs (Pessah c’était la semaine dernière), et pour les Musulmans (le jeûne du Ramadan débute dans une dizaine de jours). Et quand on sait que le mot Eglise vient du Grec ekklesia, qui signifie "assemblée", "réunion", on saisit l’incroyable chamboulement que vivent en ce moment des millions de croyants

Avec des débats sans fin pour savoir si un sacrement peut passer par whatsap video, si on peut se connecter à Zoom pendant Shabbat. Plus de pèlerinage ni à Lourdes, ni à Fatima. Le curé d’Illiers-Combray, en Eure-et-Loir, accroche son téléphone sur un pied de cierge et célèbre la messe sur Skype. Seul ou presque, comme le Pape, image impressionnante de François sur le parvis désert de la basilique Saint-Pierre, c’était le 27 mars dernier. 

Et quelles que soient les autorités religieuses, ce qui frappe depuis le début de la crise, c’est globalement le consentement à ce confinement. Il y a encore ici ou là quelques dérives obscurantistes, comme en Israël où les ultra-orthodoxes ont défié les consignes sanitaires, au Sri Lanka où des hélicoptères ont déversé de l’eau bénite depuis le ciel, aux Etats-Unis où quelques télévangélistes arnaquent via un numéro surtaxé, à l’Eglise Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris, messe nocturne, traditionnaliste et clandestine ce week-end, ou à Brest où un imam salafiste prétend que la prière quotidienne immunise contre le virus. Mais tout ça est dérisoire par rapport au consensus quasi général et mondial.

En France, l’Elysée a associé très tôt les forces religieuses et spirituelles du pays

Oui, tout comme il y a un conseil scientifique, il y a cet espace de dialogue que le chef de l’Etat a inauguré en visioconférence le 23 mars. La bataille sanitaire et ses contraintes n’a pas déclenché de bataille spirituelle. Au contraire. On assiste, avec un siècle d’écart, au même phénomène d’union nationale qui avait marqué l’après première guerre mondiale, en pleine grippe espagnole. L’Etat qui avait divorcé de l’Eglise, via la loi de 1905, l’avait retrouvée à ses côtés, sécularisée. 

En ce mois d’avril 2020, l’apaisement est général. Qui se souvient qu’il y a quelques semaines encore, la PMA pour toutes ou le port du voile dans un conseil régional faisaient la Une des journaux ? 

Dans ce temps suspendu, l’Eglise s’efface derrière les médecins qui assurent la grand’messe du 20 heures. Mais il y a chez le Pape François des leçons politiques tirées pour après, quand il célèbre le "dévouement des gens ordinaires, infirmiers, caissières, et tant d’autres", qui, dit-il, "ne font pas la une des journaux" mais écrivent l’histoire ou quand il appelle les Européens à ne pas sombrer dans la division. 

Et puis, j’ajouterais un autre symbole à cette réconciliation temporelle et peut-être temporaire. Notre-Dame-de-Paris, triste anniversaire d’un incendie. Patrimoine national et religieux à rebâtir. Reconstruire une cathédrale comme on reconstruit un monde après une pandémie, après ce confinement, qui athées ou pas, nous aura convertis, bon gré mal gré, à une vie de moine. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.