L'heure n'est pas encore tout à fait à la trêve des confiseurs et pourtant, une petite envie de partir à la plage semble vous assaillir. Partir à la plage avec le Général ! Le colonel Kadhafi rêve, paraît-il, d'aller se recueillir à Colombey les Deux Eglises, sur la tombe du grand homme. Mais s'il devait renoncer à pareille équipée, voici un conseil ou une idée cadeau : qu'il reparte chez lui avec, sous le bras, cette bande-dessinées "De Gaulle à la plage", signée Jean-Yves Ferri. Jean-Yves Ferri qui prend quelques libertés avec la vérité historique. C'est en 46 que De Gaulle s'éloigne du pouvoir, mais c'est en 56 que le dessinateur décide de situer l'été à la plage du général, juste avant qu'il ne revienne aux affaires. Alors, on y découvre un De Gaulle en tongs et short militaire, short militaire qui remonte bien au-dessus du nombril, un De Gaulle déclamatoire quand il écrit ses mémoires de libérateur, mais qui se laisse facilement distraire par les jeunes femmes girondes et dénudées qui passent au bord de l'eau. Un De Gaulle narcissique, obsédé par la grandeur de ses souvenirs, qui par exemple, pour trouver un ballon de plage s'empare du haut parleur des secouristes : "Ici le général De Gaulle qui vous parle du poste de secours, j'invite ceux qui possèdent un ballon à venir me rejoindre et me suivre". L'appel tombe à pic, on est le 18 juin. Les estivants trouvent que les animations de plage, "ça devient un peu n'importe quoi." Un De Gaulle en vacances peut-être, mais qui n'en perd jamais son sens militaire, pour tout déplacement de serviettes, il établit un plan en 3 temps, et quand une vague un peu forte s'annonce, il la dompte, impérial. Un de Gaulle aigri par l'ingratitude des Français à son égard et furieux de la médiocrité de ses contemporains. A ceux qui osent réclamer son retour, l'intéressé répond en s'énervant sur sa serviette : "C'est trop tard ! Il est à la plage le général De Gaulle, il bronze De Gaulle ! Fallait pas le laisser partir !" Un De Gaulle qui retrouve Churchill. Ils se prennent des cuites ensemble mais se chamaillent toujours comme des gosses pour savoir qui de l'un ou de l'autre a vraiment gagné la guerre. Un De Gaulle fleur bleue aussi qui plaquerait bien tout pour une jolie républicaine qui parle d'économie dirigée avec une grâce infinie. "La guerre, toujours la guerre maugrée-t-il, vive le général De Gaulle libre". Mais le sens du devoir finira par l'emporter. Dernière page, photo officielle à l'Elysée. Hors cadre, le général a toujours ses tongs. Dans "De gaulle à la plage", on découvre aussi ses acolytes, son fidèle aide de camp Lebornec, son chien Wermacht, un chien allemand traumatisé par son passé, sa femme Yvonne, qui se dévoile jalouse comme un pou, à se demander plus de 10 ans après, ce que son mari est parti faire à Londres, et s'il n'y a pas une histoire de femme là dessous. Qui regrette en tout cas n'avoir pas été mise au courant de ce départ, parce qu'elle estime qu'une décision comme ça dans un couple, "ça se prend à deux". 48 pages de planches qui démythifie le mythe, et met à bas la statue De Gaulle. 48 pages pour rire d'un grand homme. Parce que les hommes de pouvoir c'est ça aussi, de vieux bonhommes déclamant en tongs qu'ils sont indispensables à la France. En ces temps d'hypertrophie du moi politique, et à quelques jours de Noël, oui, on peut rire ou sourire en tout cas avec ce "De gaulle à la plage", paru chez Dargaud.

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