Oui, alors ça peut paraître étonnant parce que le débat sur l’identité nationale, lancé l’année dernière par Eric Besson, n’avait pas été une grande réussite. Un débat artificiel trop, évidemment, opportuniste avait produit plus de confusion idéologique que de clarification. Et le résultat est là : Marine Le Pen et le Front National vont très bien. Bien sûr, on ne peut pas affirmer que ça ait un rapport direct avec le fait d’avoir mis le thème de l’identité nationale sur la table, l’année dernière avec des bases scabreuses, mêlant identité et immigration, mais ce que l’on ne peut pas contester, en revanche, c’est que ça ait, en quoi que ce soit, coupé l’herbe sous le pied de l’extrême droite. On peut espérer que Jean-François Copé souhaite mener ce débat, justement sur d’autres bases, sans faire ce lien immigration/identité. Certes, si la droite républicaine, celle qui a toujours refusé les alliances avec le FN, décide de refaire ce débat et promouvoir les idées républicaines et laïques loin de toutes les références ethniques qui avaient polluées sa première version, ça résulterait sans doute d’un constat, celui que Laurent Fabius avait formulé dans les années 80, quand il disait : « le FN pose les bonnes questions mais n’apporte pas les bonnes réponses ». Parce que pour faire face au FN, les partis républicains se retrouvent toujours devant cette alternative : soit il faut l’affronter (le FN) sur les thèmes qu’il choisit pour contester ses solutions, soit refuser d’entrer dans des débats faussés et forcément piégés. Il n’y a certainement pas de réponse universelle à ce dilemme. Ça doit dépendre des cas et des thèmes. Là, Jean-François Copé a donc choisi la première branche de l’alternative : affronter le FN sur son terrain.Ça veut donc dire qu’il considère que la France connaît un problème avec son identité et ce sera très difficile de ne pas faire dévier le débat sur les terrains ethniques et religieux et donc ne pas brouiller encore les repaires classiques de notre organisation sociale, celle qui fait notre identité : la République. Si l’on a du mal à maitriser ce débat c’est peut être aussi parce qu’il est artificiel et faussé. Peut être, tout simplement qu’il ne se pose pas. L’essentiel de la progression du FN ne se fait-il pas sur les thèmes sociaux et de sécurité plus que sur des thèmes identitaires ? Depuis le début de la crise, la France ne connaît aucune manifestation xénophobe. Aucune enquête d’opinion ne montre que la population met la crise sur le dos des étrangers. L’idée que la violence vient plus –par exemple- de la ghettoïsation que de l’origine ethnique est une idée largement partagée en France et qui progresse. Le FN d’aujourd’hui surfe sur la peur sociale plus que sur la peur de l’étranger. Les comparaisons outrancières entre la pratique de l’islam dans une dizaine de rues françaises et l’occupation, les dérapages font plutôt partie de ce qui limite la progression du FN. L’idée de relancer le débat sur l’identité nationale parait donc assez étrange et plutôt contre-productive… à moins…à moins, il me vient une analyse mais je n’ose pas vous en faire part ! Allez-y !Jean-François Copé vise 2017... Il sait que ce ne sera quasiment pas possible qu’un candidat de droite gagne une cinquième élection présidentielle de suite. Il lance donc ce débat sur l’identité nationale sachant que ça peut faire perdre le président en 2012, ouvrant la voie, pour lui-même pour 2017... Mais non, c’est trop cynique, je n’ose y croire !

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