La grande affaire de politique intérieur ici c’est que la presse appelle la loi de « super immunité » que viennent de se voter les parlementaires roumains. Oui la Roumanie, qui part de très loin, fait des efforts pour moraliser sa vie publique et tente de mettre en place un système politique moins clanique, moins corrompu…

Et pourtant elle vient de reculer de dix ans. Les députés de la majorité ont profité de l’absence du premier ministre, (parti deux jours en Afrique du sud pour les funérailles de Mandela) pour faire passer en douce, quelques amendements au code pénal qui visent –tout simplement- à exonérer les parlementaires de poursuites pour corruption et exclure toute une série de potentats locaux d’enquête sur des conflits d’intérêts. Les amendements gèlent carrément des enquêtes pénales en cours alors que 28 parlementaires sont en prison ou sous le coup d’un procés …

Ces amendements avaient été préparés par un groupe de députés liés à d’influents élus de province, lors d’une réunion secrète et mise aux voix par surprise. Le président de la République, conservateur, a demandé que les parlementaires rediscutent cette loi et reviennent sur leur décision. Le premier ministre social démocrate a fait de même hier et nous le redira surement à 8 h 20, car il en va de la réputation de la Roumanie qui est déjà largement dégradée en Europe. La commission européenne qui venait justement d’envoyer des inspecteurs pour vérifier l’avancée des travaux d’assainissement de la vie publique est servie. La « super immunité » sera mentionnée dans le prochain rapport sur l’état de droit en Roumanie attendue pour janvier à Bruxelles, au grand dam du gouvernement roumain, qui déploie des trésors d’énergie pour bonifier l’image de leur pays.

Le vote de ces amendements repousse encore la perspective, pour la Roumanie, d’intégrer l’espace Schengen !

Oui parce que pour intégrer Schengen, il faut inspirer confiance, il ne faut pas que le reste de l’Europe ait le sentiment que toute l’administration, tout l’appareil d’État est vérolé par la prévarication. La Roumanie devait pouvoir entrer dans Schengen 5 ans après son adhésion à l’Union en 2007. Seulement il faut que l’on soit certain que ses frontières extérieures, qui deviendront les frontières de l’Europe, soient hermétiques et sures, non pas mitées par la corruption de ses douaniers.

La Roumanie espérait encore, jusqu’à il y a quelques jours, pouvoir intégrer la zone Schengen le 1er janvier 2014. Mais plusieurs pays européens, dont la France, s’y opposent. Le dossier de la Roumanie s’est alourdi avec ce coup de l’ardoise magique des parlementaires…

Mais tout n’est pas désastreux dans cette histoire parce que, comme le remarque un membre d’une organisation qui lutte contre la corruption pour une fois, la société semble ne pas accepter. Le monde associatif, qui se densifie d’année en année ici, est scandalisé. Les juges sont furieux et le clament, une bonne partie de la presse crie au scandale, les deux tètes de l’exécutifs, de bords opposées, ne veulent pas en rester là.

Cette réaction peut faire penser (si l’on veut positiver un peu l’épisode) que la tentative d’auto-amnistie des députés est un soubresaut, d’une vieille Roumanie clanique et corrompue, qui lutte pour le maintien de ses positions fragilisées, face à une jeune Roumanie qui cherche à se moderniser pour mieux intégrer l’Europe. Il y a là un écho à ce qui se passe chez les voisins du nord, en Ukraine ou l’un des arguments phare des pro-européens est aussi la lutte contre la corruption

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