Les massacres ont lieu à Alep et trois députés français font ce qu’ils peuvent… c’est-à-dire pas grand-chose… Mais ils le font pour au moins ouvrir les yeux de leurs concitoyens.

Leur initiative peut paraître dérisoire aux yeux des plus cyniques. Trois députés, Hervé Mariton, (Les Républicains), Cécile Duflot (écologiste) et Patrick Mennucci (socialistes), trois noms de la politique française dont deux loosers récents de leurs primaires, viennent de visiter des camps de réfugiés en Turquie et sont bloqués à la frontière, sans autorisation de passage.

Et pourquoi en auraient-ils, d’ailleurs, alors qu’aucune organisation humanitaire ne peut rejoindre Alep ou se déroule en ce moment des massacres de masse. L’initiative donc de ces trois députés, toute petite, symbolique, est tragiquement révélatrice de notre impuissance mais sauve, un peu, l’honneur d’une classe politique qui détourne les yeux du massacre.

Les premières informations qui parviennent d’Alep cette nuit sont terrifiantes et étaient parfaitement prévisibles. Ce qui est incroyable c’est, depuis des mois, que l’ensemble du spectre politique français ne condamne pas l’action des russes, aux côtés d’un Bachar El Assad. On peut comprendre l’impuissance opérationnelle de la France toute seule, on peut déplorer l’inexistence de l’Europe. Mais de là à expliquer, comme le font encore le FN, une partie de la droite (comme jusqu’à il y a peu, François Fillon) et Jean-Luc Mélenchon, que Vladimir Poutine mène une guerre contre le terrorisme (contre les assassins des journalistes de Charlie dit même le candidat du parti de gauche) devient, à la lumière des événements, proprement incompréhensible.

À Alep, une fin dans le sang et les flammes

Les responsables politiques qui manifestent une certaine compréhension envers la Russie ont leur raisons…

Oui et elles sont différentes. Marine Le Pen a une proximité idéologique avec Vladimir Poutine, leader autoritaire, identitaire d’une Russie blanche qui exalte de la force. On voit la lignée politique. François Fillon regarde ce conflit avec les lunettes des chrétiens de Syrie, qui ont toujours été, plutôt protégés par le régime de Damas et Jean-Luc Mélenchon, considère que tous ces conflits ont pour principale source la question pétrolière. Une grille de lecture qui permet généralement d’opposer Russes et américains et de pointer le cynisme Etats-uniens. La seule grille de lecture qui tient encore le choc face aux événements, c’est, finalement celle de Marine Le Pen : elle se sent proche de Poutine pour sa force et sa brutalité, préfère les dictatures stables au risque de chaos. Les 2 autres grilles de lecture s’effondrent. Les chrétiens d’orient sont menacés par Daech, or justement, les rebelles d’Alep ont expulsé Daech de leur ville il y a 2 ans et de grandes voix chrétiennes du Liban exhortent François Fillon à cesser de penser que Bachar El Assad représente l’avenir de leur communauté dans la région. Quant à la grille de lecture pétrolifère de Jean-Luc Mélenchon, censée opposer russes et américains sur tous les terrains, il va falloir la réviser maintenant que Trump va avoir comme secrétaire d’Etat l’ancien patron d’Exxon Mobil, qui est un grand ami, stratégique et financier, de Poutine.

Mais pour l’heure, les massacres ont lieu et trois députés français font ce qu’ils peuvent… c’est-à-dire pas grand-chose… Mais ils le font pour au moins ouvrir les yeux de leurs concitoyens.

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