Le complotisme autour des événements de Strasbourg…

Oui, une grande partie des échanges des Gilets jaunes sur Facebook insinuent que l’attaque de Strasbourg tombe bien pour le gouvernement et est, à ce titre, suspect. Mais, la responsabilité dans l’essor du complotisme est plus large. Ces derniers temps,  certains politiques, par démagogie ou flemme conceptuelle, adoptent le ‘il n’y a pas de fumée sans feu’, le ‘comme par hasard’ suspicieux, propice à la propagation du doute, sur lequel on sape l’action de son opposant. Quand, sans aucune information particulière, Nicolas Dupont-Aignan parle  des ‘petits casseurs de _Christophe Castaner_ s’agissant de ceux qui ont vandalisé l’Arc de triomphe, quand Eric Ciotti, membre éminent de LR, dit –contre toutes vérités- qu’avec la signature du pacte onusien de Marrakech, les journalistes ne pourront plus critiquer la politique d’immigration et que tous les gouvernements devront offrir aux migrants les mêmes droits sociaux qu’aux nationaux, ils valident le complotisme en le pratiquant eux-mêmes. Mais certains responsables de LREM s’y mettent quand ils diffusent un document qui explique que le nom de domaine des Gilets jaunes a été acheté par un proche de Steve Bannon (l’activiste conservateur américain) juste après l’élection d’Emmanuel Macron. Les amis de Bannon soutiennent en sous-main les gilets jaunes mais ils n’ont pas acheté ce nom de domaine (intox élucidée par Libération). Que dire de Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen qui préfèrent croire les offices de propagande russe plutôt que l’ensemble des organisations humanitaires, des universitaires chercheurs de terrain et des reporters des médias de pays ou la presse est libre, s’agissant des attaques chimiques en Syrie ? Et Laurent Wauquiez qui multiplie les petits mensonges de tribune ‘non je n’ai jamais mis de gilet jaune, non Emmanuel Macron n’a jamais mis les pieds dans une exploitation agricole’.

Des intellectuels aussi s’y mettent...

C’est une vieille tradition du débat intellectuel français …préférer avoir tort avec sa chapelle que raison avec celle des autres : Emmanuel Todd affirme que, bien sûr, c’est le ministre de l’Intérieur qui diligente les violences par ses agents provocateurs. Fait-il un anachronisme volontaire, évoquant sa jeunesse, du temps où il y avait de vraies provocations policières ? Ou a-t-il des informations précises ? Michel Onfray, autrefois philosophe, dit que le PS a bourré les urnes de sa primaire pour faire gagner Benoit Hamon, candidat idéal pour Emmanuel Macron. Nous sommes passée d’un état problématique dans lequel la vérité factuelle avait fini par faire office d’opinion comme les autres à un état désespérant où un fait, journalistiquement établi, a moins de véracité qu’un fait ou une opinion qui aura été liké par un nombre important d’internautes. Mais nous aussi, les médias, avons notre part de responsabilité. Quand nous survalorisons les débats clashs, spectaculaires, par rapport aux reportages plus coûteux, quand on érige en porte-parole un gilet jaune pour sa seule gouaille, sans savoir vraiment qui il est… nous réarmons la suspicion généralisée… Un conseil : suivez le site AFP factuel, qui liste et vérifie toutes les informations douteuses qui courent sur le net. C’est édifiant et indispensable. 

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