Depuis quelques semaines, beaucoup d'éditorialistes estiment qu’Olivier Besancenot est au PS ce que le FN était à l’UMP. Il y a du vrai, du faux et du plus compliqué que ça ! Cette analyse à la mode suggère que, pour des raisons politiciennes, Nicolas Sarkozy serait ravi du succès du facteur trotskiste comme François Mitterrand voyait d’un très bon oeil la percée de l’imprimeur populiste ! Voyons d’abord les similitudes, elles sautent aux yeux : Plus le NPA sera fort plus le PS sera faible et ça permettrait à l’UMP de se refaire une santé lors des élections locales. Le parallèle idéologique entre le NPA et le FN réside essentiellement dans une symétrie sur l’échelle droite-gauche. Ils sont chacun à un bout de cette ligne imaginaire. Ils se définissent aussi chacun « contre ». Jean- Marie Le Pen, contre l’évolution, forcément multiethnique, de la société. Olivier Besancenot -c’est marqué sur l’étiquette- contre le capitalisme. Ces similitudes sont techniques plus que politiques parce qu’évidemment, dans le fond, tout les oppose : l’un est nationaliste, l’autre internationaliste et surtout, l’un est xénophobe, l’autre antiraciste. Ils ont aussi en commun de n’avoir quasiment aucune chance de gouverner un jour ! Et cela pour des raisons inverses. Le NPA ne cherche pas d’alliance avec le PS pour gouverner. Le but du NPA n’est pas tant d’avoir des élus que de faire les meilleurs scores possibles aux élections pour l’établissement d’un rapport de force favorable qui lui permettra de peser dans les luttes sociales. Le Front National, à l’inverse, voulait pousser l’UDF ou le RPR à être dans l’obligation de s’allier avec lui. Mais pour les deux partis de droite républicaine, il y avait une impossibilité presque essentielle à pouvoir s’allier avec le FN, perçu comme un ersatz des partis de la collaboration. François Mitterrand a favorisé l’émergence du FN dès 82, notamment par des consignes données aux chaines de télés pour qu'elles invitent Jean-Marie Le Pen. Ce serait plus compliqué aujourd’hui. Non pas que Nicolas Sarkozy soit plus vertueux que son prédécesseur socialiste mais ce genre de consigne ne pourrait plus passer inaperçu et le risque politique serait supérieur au bénéfice escompté. Un peu avant l’élection présidentielle de 1988, Roland Dumas, pour le compte de François Mitterrand rencontrait secrètement Roland Gaucher, un proche de Jean-Marie le Pen. Le second assurait le premier que dans la mesure du possible, il ferait voter pour François Mitterrand au second tour. Ces stratégies à la petite semaine sont difficilement imaginables dans l’autre sens. Un émissaire de Nicolas Sarkozy ne serait sans doute pas le bienvenu chez Olivier Besancenot. L’Elysée peut cependant vouloir valoriser le NPA en le citant régulièrement comme le premier opposant. Xavier Bertrand tient ce discours. La Une du "Figaro" de ce matin sur la « percée de Besancenot » et le sondage qui va avec, semblent s’inscrire dans cette stratégie. Seulement cette tactique est assez hasardeuse par temps de crise aigue parceque, si une extrême gauche forte peut être considérée à l’Elysée comme une aubaine politique contre le PS, elle peut être vue aussi comme un danger pour le climat social et donc la popularité du Président ! La cote d’amour d’Olivier Besancenot dans l’opinion est largement supérieure à ce qu’ont pu être l’audience et la popularité du leader d’extrême droite, même si son potentiel électoral reste inférieur. Une extrême gauche trop influente, dans un contexte social incertain, ne faciliterait pas la tâche du Président de la République. Pour toutes ces raisons, il me semble qu'affirmer que Besancenot est à Sarkozy ce que Le Pen était à Mitterrand, est une analyse un peu courte. Ou du moins qui date d’avant la crise !

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