Ce matin, vous évoquez la stratégie des valeurs .

Depuis l’interview de Nicolas Sarkozy au Figaro Magazine , voilà que l’on reparle des valeurs. Cette fois-ci c’est « travail, responsabilité et autorité ». Les valeurs, c’est toujours par trois, pour une bonne assise. Chacun aura compris qu’il s’agit de droitiser son message. Ce constat a été répété et commenté tout le week-end. Quel est le résultat ce lundi matin ? Outre les réactions, attendues de la gauche, outre une surprise chez certains des partisans du Président qui n’étaient pas dans la confidence, il y a eu la réaction très dure de François Bayrou. « Stop » s’est-il exclamé lors d’un meeting ! « Nous n’irons pas dans cette direction ! ». Un mur semble se dresser entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Hier soir, sur France 2, le candidat du Modem a même fait état d’une « ligne de fracture » avec le Président. Moralité, rien ne dit (même si on peut l’imaginer) que Nicolas Sarkozy se soit attiré une partie des plus conservateurs, perplexes et tentés par le Front national… mais en revanche tout indique qu’il continue à s’aliéner une frange importante des modérés de la droite. Frange d’abord troublée par la période bling-bling, le débat sur l’identité nationale et le discours de Grenoble. Frange dont le Président voulait retrouver les faveurs par la mise en scène de sa stature internationale et la fameuse « re-présidentialisation ». Frange, enfin, qui semblait pouvoir revenir dans le giron présidentiel sur les questions économiques mais qui aujourd’hui se voit bien dépitée devant ces assauts de conservatisme sur les sujets de société comme l’euthanasie ou le mariage homosexuel.

Le premier bilan de l’entrée en campagne du Président n’est donc pas très convaincant !

Pas vraiment. On a comme l’impression que, ne pouvant pas faire la campagne modèle de 1988, la campagne de réélection de François Mitterrand, le Président a été obligé de tout reprendre à zéro. Mitterrand 88, que certains vantaient à l’Elysée, c’est le moins de clivage possible, un président, aux allures de grand sage, qui raréfie sa parole pour lui donner un poids d’autorité sur les débats. Le slogan était rassembleur au possible : « la France unie ». On ne peut pas faire plus présidentiel, moins polémique. Une élection à la présidence c’est, classiquement d’abord réunir son camp par du clivage, puis rassembler les Français… mais une réélection ne peut pas repasser par la case « clivage » puisque le candidat est déjà le président de tous les Français et que, normalement c’est son principal argument. On ne peut pas à la fois tirer argument de sa stature et jouer le clivage, c’est antinomique ! Seulement voilà, Nicolas Sarkozy n’a pas assez de capital présidentiel sur sa personne pour pouvoir suivre l’exemple de François Mitterrand. La stratégie qu’adopte en ce moment Nicolas Sarkozy, prouve que la stratégie précédente (la « re-présidentialisation) n’a pas marché. De plus, en incarnant le conservatisme sur les questions de société, il est obligé d’abandonner ce qui faisait sa force en 2007. Il avait alors réussi, il y a cinq ans à incarner le mouvement, la rupture et à faire passer les socialistes et Ségolène Royal pour les conservateurs, les tenants du statu quo. Cette fois-ci l’idée indispensable du mouvement sera représentée par le style de la campagne que l’on nous annonce vive, sans relâche, pleine d’annonces. L’essoreuse sarkozienne se remet en marche. On ne sait jamais comment ses adversaires en ressortent…ni lui-même d’ailleurs. Donc accrochez vos ceintures, et attention au départ !

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