Ce matin, tentative d’édito politique sur la renonciation du pape Benoît XVI

Oui, parce qu’après tout Rome est un lieu de pouvoir ! Et deux thèses intéressantes s’affrontent pour analyser l’événement: Olivier Bobineau, sociologue des religions et prof à Science Po, qui s’apprête à publier « l’empire des Papes » aux éditions du CNRS, estime que la démission de Benoît XVI est la traduction d’une crise majeure du pouvoir catholique. Alors qu’Etienne Fouilloux, historien du christianisme du XXème siècle à Lyon II, y voit plutôt une forme d’adaptation de l’Eglise à la modernité. Bobineau rappelle que les précédentes démissions, étaient déjà dues à des crises du système du pouvoir au sein de l’Eglise ou entre l’Eglise et les autorités politiques environnantes.

Le Pape Pontien renonce au IIIème siècle parce qu’il considère qu’il ne peut plus exercer normalement sa charge, ayant été chassé de Rome, exilé par l’empereur Maximin. Grégoire XII au XVème siècle se retire, ne pouvant plus gouverner une Eglise divisée entre Rome et Avignon. Et aujourd’hui, Benoît XVI quitte sa charge parce qu’il ne se sent plus la force de l’exercer. Tout le monde trouve ça formidable et moderne, comme tout le monde trouvait formidable et courageuse l’attitude exactement inverse de Jean-Paul II lorsqu’il s’accrochait jusqu’à la fin. La décision de Benoît XVI, contraire à celle de Jean-Paul II, peut vouloir dire que, dans l’esprit des catholiques, l’élection du pape (et donc la fin de sa charge) est une décision strictement humaine. Que l’Esprit Saint n’y est plus pour rien. Ou alors l’Esprit Saint se contredit d’un pape à l’autre. On touche là, évidement, les limites de l’analyse politique de la situation : la prise en compte de l’Esprit Saint dans les rapports de forces dépasse ma compétence !

Mais heureusement, ça ne dépasse pas la compétence d’Olivier Bobineau et d’Etienne Fouilloux !

Et Olivier Bobineau ne croit pas que le catholicisme romain puisse se régénérer ainsi. Les autres religions ne fonctionnement beaucoup plus démocratiquement que l’Eglise catholique, mais la différence c’est que catholicisme a son siège au cœur d’un Occident qui s’est démocratisé, qui s’est socialement libéralisé et qui a banni toutes les autorités purement pyramidales. Cet Occident ne peut, dès lors, que laisser de coté une organisation restée figée dans son principe hiérarchique de fondation divine ! Les principes politiques démocratiques qui se sont généralisés en Europe rendent anachronique l’Eglise romaine telle qu’elle reste dans son organisation strictement pyramidale et masculine. La mondialisation, la puissance et l’autonomie de l’individu, la sexualité, le féminisme, la démocratisation de la connaissance ne sont pas forcément des évolutions qui font reculer le besoin de spiritualité mais ce sont certainement des facteurs qui rendent inopérante et insupportable la pyramide du pouvoir. Finalement ce qui départagera Fouilloux et Bobineau c’est la hiérarchie catholique elle-même ! Si elle continue de considérer que la décision de Benoît XVI est aussi d’origine divine, alors Bobineau est dans le vrai, l’Eglise ne se réformera pas. S’il est admis que c’est une décision purement humaine, comme le soutien Fouilloux, alors c’est peut être le début d’une grande mutation de l’Eglise.

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