**Ce matin, vous évoquez le cas d’Eric Zemmour qui se retrouve devant le tribunal correctionnel de Paris, jugé pour avoir dit que les dealers seraient, je cite : « souvent des noirs et des arabes ». Oui et j’espère qu’il ne sera pas condamné parce que s’il était condamné, cela voudrait dire qu’il y a une loi qui limite la bêtise. La connerie est insondable et aucun juge ne devrait pouvoir la jauger... Ce soutien à Eric Zemmour n’a rien de voltairien. Le fameux « je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire » ne s’applique à ce cas-là. Non, ici, il s’agit plus simplement de la liberté de dire des bêtises (et ça peut être utile pour tout éditorialiste !)…parce qu’enfin, d’une telle affirmation on ne devrait pouvoir tirer aucune conclusion raciste. C’est comme s’il avait dit « la plupart des brevets d’inventions sont déposés par des hommes », ce n’est pas faux mais qui oserait en déduire que les hommes sont plus intelligents que les femmes? Il ne s’agit pas de refaire l’eternel débat de l’inné et de l’acquis, sur la responsabilité personnelle et le conditionnement social... Mais, bien évidemment, le trafic de drogue croît et prospère là où les conditions sont réunies pour une économie parallèle. C'est-à-dire dans certaines cités et ghettos en périphérie de nos grandes villes. Nous voilà encore une fois au cœur du mal français... Non pas l’immigration mais la ghettoïsation et la question de « l’inégalité spatiale », pour parler comme Alfred Sauvy. Eric Zemmour dit refuser de se coucher devant le « politiquement correct ».Oui, il se drape dans une attitude de résistant face à la pensée dominante, la pensée unique, la dictature des « droits-de-l’hommistes », etc. Il faut ici s’arrêter sur cette notion de « politiquement correct » ; cette expression venue de la pensée marxiste et d’une mauvaise traduction de l’américain a été retournée dans les années 90. Le « politiquement correct » désigne, depuis, une sorte de pensée molle et consensuelle, que les médias diffuseraient par facilité, paresse intellectuelle, lâcheté et panurgisme. C’est une idéologie taxée de « bien-pensante, angélique, loin des réalités ». Les tenants de la « pensée unique » sont plus ou moins libéraux, antiracistes, vaguement post-soixante-huitards, c’est Bernard-Henri Lévy, Télérama, Libé, France-Inter, bref, c’est exaspérant ! Et c’est parfois un peu vrai... Contre ça, les réactionnaires argumentent, soit intelligemment comme Alain Finkielkraut, soit par truismes comme Eric Zemmour. Dans les deux cas, ils se sentent accablés et victimes. Mais voilà qu’il se trouve maintenant tout un tas de gens dans les médias et à la terrasse des cafés branchés pour fustiger le « politiquement correct ». La dernière mode, c’est justement de se précipiter pour écouter Fabrice Luchini lire du Philippe Muray pour rire du politiquement correct. Tous les hebdos applaudissent, on s’y perd. En réalité Eric Zemmour ne fait que confondre « politiquement correct » et combat idéologique gagné (perdu pour lui !). L’idée que les femmes et les hommes sont égaux, bref le féminisme est une idée qui a presque gagné (si non dans les faits au moins dans les têtes) donc pour lui c’est une idée dominante, forcément tyrannique. Zemmour parle alors de la « dictature féministe » et écrit un livre pour réhabiliter la phallocratie ! Toute idée progressiste qui gagne, l’antiracisme, l’anti-sexisme, l’écologie, la tolérance envers l’homosexualité est une idée qui est assimilée par Zemmour et les réactionnaires en général, à un dictat. Mais ils se trompent…ce n’est pas un dictat c’est simplement une défaite idéologique pour eux et leur pensée anachronique.**

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