Hier, à ce micro, François Bayrou invoquait le Conseil National de la résistance pour défendre le principe du quotient familial. Avant-hier, c’est Pierre Joxe qui invoquait le CNR pour défendre le droit des enfants. Le CNR est mis à toutes les sauces !

Oui, et si parfois on le fait beaucoup parler, c’est quand même une chose, assez rassurante finalement de savoir que, pour la plus grande partie de l’échiquier politique, ce texte fondateur, ce monument national comme disait Pierre Joxe, est redevenu la référence par excellence. Nicolas Sarkozy y faisait mention lors de son discours phare de la dernière campagne, le 14 janvier 2007. Pendant la campagne qui s’ouvre, chacun pourra se faire son idée, cinq ans après pour savoir si l’esprit et la lettre de ce discours auront été respectés. Ça fera parti du bilan. Retrouver l’esprit du CNR, c’était aussi le message du bestseller de Stéphane Hessel, Indignez-vous … La gauche de la gauche, dépouillée du communisme mort sous les décombres du mur de Berlin, s’y réfère maintenant pour réclamer, par la voix tonitruante de Jean-Luc Mélenchon que soit enfin établie ce que le CNR appelait « la république sociale ». Mais ce texte fondateur, devient aussi, une sorte de nouveau point Godwin. Viser une proposition d’un candidat en affirmant qu’elle trahit l’esprit du Conseil National de la Résistance, c’est la marquer du sceaux de l’infamie. Ce n’est pas une raison pour ne pas pointer certaines dérives récentes qui nous éloignent de l’esprit républicain.

Lesquels par exemple ?

Après la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers, il y a eu cette proclamation victorieuse, la semaine dernière du ministre de l’Intérieur qui se réjouissait de la baisse du nombre de naturalisations. Comme si l’objectif était, non pas qu’il y ait moins d’étrangers (nous n’en sommes même plus là) mais moins de Français de fraiche date, pouvait être un motif de satisfaction. Puisque, selon des critères très stricts, devenir français n’a rien avoir avec le sang mais résulte d’une adhésion et de preuves d’intégration, on ne comprend pas comment un républicain pourrait se satisfaire de voir de moins en moins d’étrangers adhérer et être assez intégrés pour devenir français. De l’autre coté de l’échiquier, il y a Eva Joly qui propose que l’on instaure un jour férié pour Kippour et l’Aid-el-Kebbir, deux fêtes religieuses, juives et musulmanes. Comme si les fêtes d’origine catholique, pourtant laïcisées depuis longtemps, elles mêmes issues d’un calendrier païen, étaient encore la marque d’une domination religieuse. L’étrange proposition d’Eva Joly va dans le sens d’un communautarisme quasiment revendiqué. Les Verts, pas tous loin de là (mais visiblement ils sont autour d’Eva Joly) ont encore un problème avec la République, la laïcité et succombent toujours aux sirènes communautaristes. Pourtant en défendant le droit au logement, l’égalité des droits des homosexuels (pas le particularisme, l’égalité), une certaine forme de transparence en politique, le droit de vote des étrangers, les écologistes avaient une possibilité unique d’être les fers de lance d’une république dépoussiérée et ouverte. Mais avec un vieux fond de mauvaise conscience de descendants de colonisateurs, certains d’entre eux oublient ou nient les principes laïcs. Cette attitude les laisse à la marge du socle républicain. D’où, aussi, leur mauvais score, en général, lors des élections présidentielles.

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