La vie privé des Présidents peut-elle être respectée ?

En principe et dans l'idéal oui, en pratique non. Nous sommes dans un paradoxe nourri par l'hypocrisie de chacun d'entre nous. Le sondage du JDD d'hier dit que pour plus des trois quarts des Français la vie privée du président n'est pas un sujet. L'écrasante majorité de nos concitoyens affirme que leur opinion sur le chef de l’État n'est pas modifiée par les aléas de sa vie amoureuse. Et c'est sans doute vrai.

Que peuvent peser ces histoires au regard des choix économiques et des conséquences d'une politique sur nos vies ? Et pourtant Closer s'est vendu comme des petits pains, et pourtant le sujet des amours du Président, (et peut-être des drames autour de cette histoire avec l'hospitalisation de Valérie Trierweiler), sera le premier sujet de discussion de bien des Français au travail ou en famille. Même pour dire que ce n'est pas un sujet !

Elle est là l'hypocrisie. Elle relève de la curiosité malsaine de l'irrésistible trou de la serrure, de la chronique séculaire des amours de ceux qui nous gouvernent. Elle relève aussi du marché de la presse. Tant qu'il y a de l'argent à faire avec de telles révélations, des journaux comme Closer ne s'en priveront pas. Mais l'affaire devient politique quand le patron de l'opposition (Jean-François Copé) invoque l'image de la France qui serait dégradée, quand d'autres responsables estiment que la fonction présidentielle est assurée avec légèreté, quand la question de savoir si le Président n'a pas été négligent avec sa sécurité sse pose. Ça devient politique quand une question absurde et incongrue commence à être mise en avant. Celle-ci : Valérie Trierweiler est-elle toujours la "première dame" de France ?

Pourquoi cette question est-elle absurde ?

Parce qu'il n'y a pas de "première dame". La compagne du président n'a aucun statut. Et c'est très bien ainsi. L'erreur de François Hollande, c'est de n'avoir pas modernisé la pratique. Pourtant, en prenant ses fonctions, il était le premier Président à entrer à l’Élysée sans être marié. Ça n'a posé aucun problème aux Français (la France est le seul pays d'Europe à avoir plus de 50% de ses enfants qui naissent hors-mariage). L'erreur de François Hollande, c'est donc de n'avoir pas poussé au bout la logique et d'avoir permis que sa compagne ait un rôle au-delà de la simple représentation, un cabinet à l’Élysée. Dès le jour de l'investiture de François Hollande, Valérie Trierweiler était dans son sillage et saluait les corps constitués auprès du Président.

Mais les Français ont élu François Hollande. Ils ont élu une personne, pas deux. On ne devrait voir que François Hollande dans les déplacements. Exactement comme on ne voit jamais le mari d'Angela Merkel. La vraie modernité c'est d'envisager que la façon dont la vie le Président de la République, qu'ils soit marié, célibataire, en concubinage, hétérosexuel ou homosexuel ne soit tout simplement pas un sujet.

Bien sûr, si Valérie Trierweiler n'avait pas eu de bureau à l’Élysée, si elle n'avait participé à aucune cérémonie officielle, la rupture d'aujourd'hui aurait été tout autant médiatisée et la vie privée n'aurait pas été plus respectée, mais au moins la fonction présidentielle serait moins atteinte et les instrumentalisations politiques moins aisées. Il est temps de considérer la personne qui partage la vie ou simplement les nuits du Président comme n'importe quelle personne de son entourage, sans aucune existence ni protocolaire, ni politique.

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