La convention citoyenne pour le climat qui invitait des Français tirés au sort, a reçu la visite du président.

Emmanuel Macron à la convention citoyenne pour le climat, Paris, 10 janvier 2020
Emmanuel Macron à la convention citoyenne pour le climat, Paris, 10 janvier 2020 © Maxppp / POOL / Stephane Lemouton

Ces 150 Français planchent jusqu’en avril sur les solutions pour une vraie transition énergétique. Et, donc, vendredi le président a rappelé que leurs propositions seraient transmises ‘sans filtres’ au gouvernement (pour des décrets), au Parlement (pour des lois) ou même, pourquoi pas, soumises à référendum. 

Le terme ‘sans filtre’ interroge

Il implique que ces profanes éclairés par 8 gros weekends de débats et de consultations puissent proposer des initiatives sur ces thèmes : Se loger, se nourrir, se déplacer, consommer, travailler/produire. Il faut des propositions précises, financées, juridiquement transposables (sans filtre donc) au parlement par exemple. 

Tout le monde comprend ces exigences et le comité d’organisation qui encadre les débats, sous l’œil de Cyril Dion, ne sait pas encore si ces citoyens seront en mesure de faire des propositions assez savamment  rédigées pour être ‘sans-filtrables’, selon le mot moche mais explicite du vice-président de la convention, Thierry Pech. Ce qui a pu inquiéter, c’est la conclusion d’Emmanuel Macron, au cours de laquelle il a dit qu’il se réservait le droit de ne pas être d’accord et donc de faire le tri des propositions.

Un accro au contrat de départ, non ?

En quelque sorte. D’ailleurs, ces derniers mots n’étaient pas écrits dans son discours. Il peut y avoir une justification : imaginons que la convention propose une modification de la constitution. Le président y est ouvert mais, garant des institutions, il ne peut décemment pas s’engager à reprendre (même pour simplement le transmettre aux assemblées) un projet qui bouleverserait, par exemple, l’équilibre des pouvoirs. 

Pour le reste, les conventionnels tirés au sort ne sont pas là pour légiférer directement mais pour réfléchir et proposer, avoir des audaces, faire preuve d’une intelligence collective originale, que l’urgence écologique commande et que les structures politiques traditionnelles auraient du mal à formuler, trop soumises aux contraintes de leur réélection ou à des intérêts divers. 

On comprendrait mal que les fruits de la réflexion de la convention citoyenne soient filtrés par la volonté présidentielle. Seulement, on sent qu’en haut lieu, il commence à y avoir une certaine appréhension à l’idée de ce qui peut sortir de ces mois de débats. En réalité, nous entrons dans le dur. C’est le moment où les Français tirés au sort, après avoir écouté les experts, planchent sur les propositions précises. Et personne ne sait vraiment ce qu’elles seront : révolutionnaires, banales, lumineuse, floues, incantatoires ? 

Comment vont réagir les parlementaires, dépositaires de la légitimité populaire? Vont-ils oser amender ? L’expérimentation est inédite. Ce qui est, pour l’instant, rassurant c’est que quand on réunit des Français, hors de leurs cases partisanes, pour leur demander de réfléchir à l’avenir, ils le font pacifiquement, avec des dissensions mais paisiblement, et parait-il, dans une très bonne ambiance. C’est un constat bienvenu dans ce climat général de défiance et parfois de violence, où l’on a tendance à oublier de, selon la terminologie en vogue, inspirée de Michelet, ‘faire peuple’.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.