Hier sur France 2, François Fillon n'a pas écarté une hausse de la TVA à compter de 2009, hausse destinée à financer, a-t-il dit, la protection sociale. Curieuse annonce dans la dernière ligne droite de la campagne législative. Attention danger ! Comme il y a des gros mots que les enfants n'ont pas le droit de proférer, il y a en politique des mots tabous. Des mots qui à peine prononcés, irritent l'opinion, attisent l'opposition et braquent les syndicats. Des mots à manier avec la même précaution donc pour le pouvoir en place, que des bâtons de dynamite. "Impôt", ou la locution "augmenter les impôts" ne sont déjà pas neutres, mais il y a pire : TVA. Pas la peine de détailler, taxe sur la valeur ajoutée, non, ça, ça ne dit rien à personne, dites seulement "TVA", 3 petites lettres et des bulles instinctives vous remontent au cerveau : "Tva, impôt injuste, impôt sur la conso, Tva, impôt des pauvres, Tva, taxe sur le pouvoir d'achat". Tout est dit, et quelques uns y ont laissé leur culotte. Un certain Alain Juppé par exemple, premier ministre en 95 qui ne trouva d'autres solutions pour financer sa politique de l'emploi que de faire passer la tva de 18,6 à 20,6. Sa Tva avait une tête d'austérité, d'injustice sociale et de reniement des promesses de la campagne chiraquienne de réduction de la fracture sociale. Elle lui coûta sa popularité. L'irruption de la TVA en pleine campagne législative est donc pour le moins surprenante ! Elle relève d'une vraie bévue, au moins d'agenda, de la part du gouvernement. Dimanche soir sur les plateaux télé, la droite aurait dû triompher et la gauche être sonnée par le premier tour des législatives, et c'est d'ailleurs ce qu'il advint, sauf que Laurent Fabius à force d'opiniâtreté obtint enfin de Jean-Louis Borloo ce que les socialistes échouaient à faire dire à quiconque depuis plusieurs jours : oui pour financer les 11 milliards d'allègements fiscaux en tous genre consentis par le gouvernement, le ministre de l'économie finissait par avouer : " on va regarder l'ensemble des sujets, y compris la TVA". Ca y est, la grenade était dégoupillée... Depuis la gauche évidemment la pousse du pied dès qu'elle peut. Et le gouvernement tente lui, de la repousser dans les coins. En assurant d'abord que ça se fera plus tard, puis en avançant qu'en tout état de cause, il ne s'agit pas d'une Tva toute bête, mais d'une "Tva sociale", concept qui permet de faire basculer une partie du financement de la protection sociale sur cet impôt afin de faire baisser le coût du travail. Proposition inscrite dans le programme du candidat Sarkozy mais pas franchement destinée à sortir là, tout de suite. En réalité, l'oxymoron est surtout destiné à rassurer. D'ailleurs hier soir sur France 2, François Fillon a même tenté de lui adjoindre une presque périphrase, la "Tva sociale" est devenue une "Tva anti-délocalisation". Ou comment transformer un impôt-épouvantail en juste cause. Mais le mal sans doute est fait... la droite promet de la pédagogie. La gauche parle déjà de Tva antisociale. A 4 jours du second tour, ces 3 petites lettres sont pour elle, inespérées.

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